Pourquoi le lire — De son vivant, Omar Khayyam est avant tout connu comme un savant, mathématicien réformateur du calendrier persan et astronome de renom : c'est presque par accident que la postérité l'a retenu comme poète, à travers des quatrains courts et énigmatiques sur le temps, la mort, le vin et le plaisir, qui ne seront rassemblés et attribués à son nom que des siècles après sa mort. Traduits en anglais au XIXe siècle par Edward Fitzgerald, les Roubaïyat deviennent un phénomène littéraire mondial et font de ce savant médiéval l'un des poètes persans les plus lus en Occident.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît le 18 mai 1048 à Nichapur, dans le Khorassan, alors l'un des grands centres intellectuels du monde seldjoukide, où science, théologie et littérature se développent avec une intensité exceptionnelle.
- Formation Étudie les mathématiques, l'astronomie, la philosophie et le droit à Nichapur, se distinguant très tôt par des dons exceptionnels qui le font remarquer des érudits de son temps.
- Les travaux mathématiques Publie de son vivant des traités d'algèbre parmi les plus avancés de son époque, notamment une classification systématique des équations cubiques par des méthodes géométriques, restés une référence pendant des siècles dans le monde islamique.
- 1074 — le calendrier Jalali Est invité par le sultan seldjoukide Malik Shah Ier à diriger la réforme du calendrier persan, aboutissant au calendrier Jalali, d'une précision remarquable, plus exact encore que le calendrier grégorien qui s'imposera plus tard en Occident.
- Les Roubaïyat Compose, en marge de ses travaux scientifiques, des quatrains en persan sur le temps qui passe, la mort inéluctable, la beauté du monde et l'incertitude du sens de l'existence, dans une tradition poétique où l'attribution précise des vers reste, encore aujourd'hui, difficile à établir avec certitude.
- Une pensée rationaliste Développe, en tant que philosophe, une pensée influencée par le néoplatonisme et par Avicenne, adoptant une posture sceptique et rationaliste souvent en tension avec l'orthodoxie religieuse de son temps.
- 1131 — la mort Meurt le 4 décembre à Nichapur, dans la ville même où il avait passé l'essentiel de sa vie, laissant une œuvre scientifique alors bien plus célèbre que ses quatrains.
- XIXe siècle — la redécouverte occidentale Voit ses Roubaïyat traduits et adaptés en anglais par le poète Edward Fitzgerald en 1859, une publication qui connaît un succès immense et fait de Khayyam, plus de sept siècles après sa mort, l'un des poètes persans les plus lus dans le monde entier.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Les Roubaïyat — Le meilleur point d'entrée : ses quatrains les plus célèbres, sur le temps, la mort et le plaisir de l'instant.
Nowrouz Nameh — Son traité sur le calendrier persan et l'histoire du Nouvel An.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Khayyam incarne, mieux que presque aucune autre figure médiévale, la possibilité d'une pensée qui embrasse à la fois la rigueur scientifique la plus exigeante et l'interrogation poétique la plus intime sur le sens de l'existence, sans que les deux domaines ne s'excluent. Ses travaux en mathématiques, redécouverts par les savants européens des siècles plus tard, témoignent d'une avance scientifique considérable sur son temps, tandis que ses quatrains, par leur économie de moyens et leur refus des certitudes religieuses toutes faites, ouvrent dans la poésie persane un espace de doute et de scepticisme rare pour son époque. C'est cependant la traduction de Fitzgerald qui transforme durablement sa réception : Khayyam devient en Occident le symbole d'une sagesse orientale hédoniste et mélancolique, une image qui, si elle simplifie sa pensée réelle, a permis à son œuvre de toucher un public mondial bien au-delà des cercles savants persans.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Le quatrain (roubaï) qu'il pratique est une forme brève et resserrée, quatre vers dont les trois premiers riment généralement ensemble, qui concentre en peu de mots une image saisissante et une méditation sur la fragilité de la vie humaine. Le vin, omniprésent dans ces poèmes, fonctionne à la fois comme image concrète du plaisir terrestre et, selon certains commentateurs soufis, comme métaphore d'une ivresse spirituelle et mystique, ce qui alimente depuis des siècles un débat sur le sens véritable de ces vers. Pour un premier contact, les Roubaïyat offrent l'entrée la plus immédiate et la plus universelle de son œuvre ; la lecture de ses travaux scientifiques permet de mesurer l'étendue d'un génie que la postérité a, par un curieux hasard, surtout retenu comme poète.