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FICHE N° 0177 — LITT. GRECQUE — XXe S.

Odysséas Elýtis

1911 – 1996 · Grèce (né en Crète) · Langue grecque
Poète — prix Nobel 1979, second Grec de l'histoire distingué par le prix après Georges Séféris, figure majeure du surréalisme grec.
Pourquoi le lire — Né en Crète au sein d'une vieille famille de Lesbos, initié au surréalisme par sa rencontre décisive avec Paul Éluard en 1929, Elýtis consacre son œuvre entière à célébrer le soleil, la mer et les paysages de sa Grèce natale tout en luttant pour la liberté de son peuple, d'abord sur le front albanais durant la Seconde Guerre mondiale, puis en exil volontaire face à la dictature des colonels. En 1979, il devient le second Grec de l'histoire à recevoir le prix Nobel de littérature après Georges Séféris, pour une poésie qui, sur fond de tradition grecque, dépeint avec une force sensuelle et une clairvoyance intellectuelle la lutte de l'homme moderne pour la liberté et la création.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né Odysseas Alepoudelis le 2 novembre 1911 à Héraklion, en Crète, descendant d'une vieille famille de Lesbos ; sa famille s'installe par la suite à Athènes, où il achève ses études secondaires avant d'étudier le droit sans obtenir de diplôme.
  • 1929 — la rencontre avec Paul Éluard Rencontre le poète français, dont l'union du surréel et du réalisme et la conviction que la poésie est un art destiné à toutes les strates de la société exercent une influence profonde sur lui, tout comme sa résistance au fascisme, qui fait d'Elýtis à son tour une voix affirmée contre le nazisme.
  • Années 1930 — les débuts Attire immédiatement l'attention en publiant ses poèmes dans la revue Nea Grammata, avant de publier en 1939 la version aboutie de son premier recueil, Orientations, marquant ses débuts poétiques officiels.
  • La Seconde Guerre mondiale Participe au conflit, combattant les troupes de Mussolini en Albanie, expérience qui introduit un élément plus sombre dans son univers poétique.
  • 1945 — Chant héroïque et funèbre Publie ce poème consacré au sous-lieutenant perdu de la campagne d'Albanie, qui devient un hymne à la cause de la liberté et fait de lui une sorte de barde parmi les jeunes Grecs.
  • 1948-1952 — Paris Séjourne dans la capitale française et voyage, entrant en contact étroit avec des écrivains comme Breton, Éluard, Char, Jouve et Michaux, et des artistes comme Matisse, Picasso et Giacometti, entamant durant cette période l'écriture de son œuvre majeure.
  • 1959 — Áxion Estí Publie enfin ce poème débuté en 1948, mêlant poésie et prose à la manière de l'ancienne liturgie byzantine, reconnu comme son chef-d'œuvre.
  • 1964 — la mise en musique Voit le compositeur Mikis Theodorákis mettre en musique des extraits d'Áxion Estí, ce qui contribue à diffuser largement l'œuvre parmi tous les Grecs et en fait une sorte de nouvel évangile populaire.
  • 1967-1971 — l'exil parisien Choisit de s'installer à Paris après que la junte militaire grecque s'empare du pouvoir dans son pays natal, se liant avec plusieurs artistes et écrivains jusqu'à son retour en Grèce en 1974, année de la chute de la dictature.
  • 1978 — Maria Nefeli Publie ce poème dramatique.
  • 1979 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature « pour sa poésie qui, sur fond de tradition grecque, dépeint avec une force sensuelle et une clairvoyance intellectuelle la lutte de l'homme moderne pour la liberté et la création », devenant le second Grec de l'histoire ainsi distingué après Georges Séféris en 1963, et déclarant vouloir croire que l'Académie suédoise entend honorer à travers lui la poésie grecque tout entière.
  • 1996 Meurt le 18 mars à Athènes, à quatre-vingt-quatre ans.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Áxion Estí (1959) — Le meilleur point d'entrée : son chef-d'œuvre, poème mêlant poésie et prose à la manière de la liturgie byzantine, devenu un véritable évangile populaire grec.
Chant héroïque et funèbre (1945) — Son hymne à la liberté, qui fait de lui une sorte de barde parmi les jeunes Grecs.
Orientations (1939) — Ses débuts poétiques officiels.
Maria Nefeli (1978) — Son poème dramatique de la maturité, publié l'année précédant son Nobel.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Second Grec de l'histoire à recevoir le prix Nobel de littérature après Georges Séféris, Elýtis se donne pour tâche principale de délivrer la conscience de son peuple de remords injustifiés, de compléter les éléments naturels par des forces éthiques, d'atteindre la plus grande transparence possible dans l'expression et de finalement approcher le mystère de la lumière, ce qu'il nomme lui-même « la métaphysique du soleil ». Formé au surréalisme par sa rencontre décisive avec Paul Éluard et son contact étroit avec Breton, Éluard, Char, Jouve et Michaux durant son séjour parisien de l'après-guerre, il élabore une technique qu'il nomme « l'architecture intérieure », particulièrement perceptible dans nombre de ses œuvres et surtout dans Áxion Estí, dont la mise en musique par Mikis Theodorákis en fait une sorte de nouvel évangile populaire largement diffusé parmi tous les Grecs. Son œuvre entière célèbre les splendeurs de la nature grecque tout en affirmant la capacité de l'humanité à choisir l'espoir plutôt que le désespoir, combinant son intérêt pour le surréalisme à des évocations lyriques du paysage, de l'histoire et de la culture grecques, dans des poèmes qui exaltent la sensualité, l'innocence et l'imagination tout en s'efforçant de les concilier avec les aspects les plus tragiques de l'existence.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une poésie qui, sur fond de tradition grecque, dépeint avec une « force sensuelle et une clairvoyance intellectuelle », selon les termes mêmes du jury du Nobel, la lutte de l'homme moderne pour la liberté et la création. Cette écriture, où le soleil joue un rôle central dans les œuvres de jeunesse, célébrant la lumière, la mer turquoise, le paysage rocailleux et les ruines antiques de la Grèce natale du poète, s'assombrit après l'expérience de la Seconde Guerre mondiale sans jamais renoncer à sa fascination fondamentale pour la lumière et la sensualité méditerranéennes. Pour un premier contact, Áxion Estí offre l'entrée la plus caractéristique et la plus universellement célébrée de son œuvre, mêlant poésie et prose à la manière de l'ancienne liturgie byzantine ; Chant héroïque et funèbre permet d'aborder pleinement sa dimension de poète engagé pour la liberté, forgée sur le front albanais.