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FICHE N° 0044 — LITT. FRANÇAISE — RENAISSANCE — XVIe S.

Michel de Montaigne

1533 – 1592 · France · Langue française
Essayiste et moraliste — auteur d'un livre unique, les Essais, où il entreprend le projet de « se peindre » pour, par-delà, décrire toute la condition humaine.
Pourquoi le lire — Enfant, Montaigne apprend le latin avant le français — son père fait parler latin à toute la maisonnée, des parents jusqu'aux valets, pour que l'enfant l'assimile « sans art, sans livre, sans grammaire, sans fouet et sans larmes ». Devenu adulte, il se retire dans la tour de son château pour écrire un livre entièrement nouveau dans son ambition : se peindre lui-même tel qu'il est, sans fard, pour mieux comprendre l'humaine condition.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né le 28 février 1533 au château de Montaigne, en Périgord, dans une famille de riches négociants bordelais anoblie en 1519.
  • Une éducation singulière Son père, humaniste ouvert aux idées de la Renaissance, fait du latin la seule langue parlée autour de l'enfant, jusqu'aux domestiques ; Montaigne apprend ensuite le grec dès sept ans, puis étudie au Collège de Guyenne à Bordeaux.
  • La magistrature Devient conseiller au parlement de Bordeaux, charge qu'il vend en 1570 pour se retirer dans son château et se consacrer à l'écriture.
  • 1580 — la première édition Publie les deux premiers livres des Essais, puis entreprend un long voyage à travers l'Italie, la Suisse et l'Allemagne, dictant à son secrétaire un Journal de voyage qui ne sera découvert et publié qu'au XVIIIe siècle.
  • 1581-1585 — le maire de Bordeaux Élu maire pendant son voyage, puis réélu, il reçoit notamment Henri de Navarre, futur Henri IV, jouant un rôle diplomatique discret entre les factions rivales.
  • La peste Fuit Bordeaux à la fin de son second mandat lorsqu'une épidémie de peste frappe la ville, un choix qui lui sera reproché par certains commentateurs des siècles suivants.
  • 1588 — la troisième édition Publie une nouvelle édition des Essais enrichie d'un troisième livre ; brièvement emprisonné à la Bastille sur ordre de la Ligue, il est vite libéré par Catherine de Médicis. Rencontre à Paris Marie de Gournay, qui deviendra sa « fille d'alliance ».
  • Les dernières années De plus en plus malade, continue d'annoter et d'enrichir son exemplaire personnel des Essais — près de 1300 corrections manuscrites subsistent sur ce document exceptionnel, dit « exemplaire de Bordeaux ».
  • 1592 Meurt le 13 septembre en son château, parmi ses proches, pendant la messe au moment de l'Élévation.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Essais, Livre I (1580) — Le meilleur point d'entrée : les premiers chapitres, où Montaigne pose déjà les bases de sa méthode — partir de soi-même pour interroger l'universel.
Essais, Livre II (1580) — Le plus long des trois livres, qui contient notamment l'Apologie de Raimond Sebond, sa réflexion la plus développée sur les limites de la raison humaine.
Essais, Livre III (1588) — Ajouté huit ans après les deux premiers, le livre le plus personnel et le plus mûr, où sa pensée atteint sa forme la plus libre.
Journal de voyage (posthume, publié au XVIIIe siècle) — Dicté à son secrétaire lors de son grand voyage européen de 1580-1581, resté inédit pendant près de deux siècles.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Montaigne invente, avec les Essais, une forme littéraire radicalement nouvelle pour son époque : un livre qui part systématiquement de sa propre expérience, de ses propres doutes, pour interroger des questions universelles, sans jamais prétendre à un système philosophique achevé. Héritier de l'humanisme, il mène à bien ce qu'il appelle lui-même « le projet de se peindre », et par-delà, celui de décrire l'humaine condition dans toute sa diversité et sa relativité — sa formule « chacun appelle barbarie ce qui n'est pas dans son usage » résume à elle seule une forme précoce de relativisme culturel. Sa pensée, à michemin entre stoïcisme antique et scepticisme moderne, influencera durablement des générations d'écrivains et de philosophes après lui, faisant des Essais l'un des textes fondateurs de la pensée occidentale.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une prose digressive et sinueuse, qui semble avancer par associations d'idées plutôt que par démonstration linéaire — Montaigne lui-même compare son livre à une conversation avec un ami, refusant toute prétention à l'exhaustivité systématique. Cette liberté de ton, déconcertante pour un lecteur habitué à l'argumentation classique, fait aussi toute la modernité du texte : Montaigne se contredit, revient sur ses propres jugements, retouche sans cesse son texte au fil des rééditions. Pour un premier contact, certains chapitres du Livre I offrent un accès plus resserré ; le Livre III, plus long et plus digressif, demande une familiarité déjà installée avec sa méthode.

Citations célèbres § 05

  • « Philosopher, c'est apprendre à mourir. » (Essais, Livre I)
  • « Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas dans son usage. » (Essais, Livre I)