Pourquoi le lire — Isidore Ducasse, qui signe du pseudonyme de comte de Lautréamont l'œuvre la plus déroutante de la littérature française du XIXe siècle, ne laisse derrière lui que deux titres, Les Chants de Maldoror et Poésies, avant de mourir dans l'anonymat le plus complet à vingt-quatre ans, durant le siège de Paris. Redécouverte quinze ans après sa mort, son œuvre électrise les symbolistes puis devient, au XXe siècle, l'un des textes fondateurs revendiqués par les surréalistes, qui y voient l'un des livres les plus radicalement modernes jamais écrits.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît Isidore Lucien Ducasse le 4 avril 1846 à Montevideo, en Uruguay, fils d'un employé consulaire français, dans un pays alors ravagé par la guerre civile.
- L'adolescence en France Est envoyé étudier en France, passant son adolescence dans des lycées de Bigorre et du Béarn, une scolarité durant laquelle il se montre élève moyen mais déjà fasciné par la tragédie et l'excès.
- Paris S'installe à Paris pour y mener une existence largement solitaire et discrète, dont on sait très peu de choses avec certitude, la biographie de Ducasse restant l'une des plus obscures de la littérature du XIXe siècle.
- 1868-1869 — Les Chants de Maldoror Publie ce long poème en prose divisé en six chants, mettant en scène la figure démoniaque de Maldoror, personnage de révolte absolue contre Dieu et la morale conventionnelle, d'abord de façon partielle puis dans une édition complète en 1869.
- 1870 — Poésies Publie, dans un revirement stylistique complet, deux courtes plaquettes intitulées Poésies, qui renversent paradoxalement en aphorismes moralisateurs la révolte du recueil précédent, laissant les critiques longtemps perplexes sur le sens de ce changement.
- 1870 — la mort Meurt le 24 novembre à Paris, à vingt-quatre ans, de cause inconnue, durant le siège de la capitale par les troupes prussiennes, dans un quasi-anonymat total.
- 1885 — la redécouverte Voit son œuvre resurgir après quinze années de disparition presque complète, d'abord saluée par les poètes de la Jeune Belgique puis par les milieux symbolistes français, Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud parmi ses premiers admirateurs.
- Le culte surréaliste Devient, dans les années 1920, l'objet d'un véritable culte organisé par les surréalistes, André Breton en tête, qui voient dans Les Chants de Maldoror l'un des textes fondateurs annonçant leur propre esthétique de la juxtaposition insolite et de la révolte.
Œuvres essentielles § 02 — l'œuvre complète
Les Chants de Maldoror (1868-1869) — Son œuvre unique et fondatrice, épopée en prose de la révolte absolue, souvent considérée comme le premier livre surréaliste.
Poésies (1870) — Son second et dernier texte, renversement déroutant en aphorismes moralisateurs.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Lautréamont, avec une œuvre pourtant réduite à deux titres écrits avant vingt-quatre ans, exerce sur la littérature du XXe siècle une influence disproportionnée à sa brièveté, Les Chants de Maldoror étant unanimement salués comme l'un des textes fondateurs du surréalisme, plusieurs décennies avant que ce mouvement n'existe. Sa formule la plus célèbre, la beauté d'une rencontre fortuite entre un parapluie et une machine à coudre sur une table de dissection, devient un emblème même de l'esthétique surréaliste de la juxtaposition insolite. Sa biographie quasi vierge, qui a longtemps alimenté légendes et fantasmes critiques, participe elle-même à la fascination durable exercée par cette œuvre sans équivalent dans les lettres françaises.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose d'une violence lyrique inouïe, portée par des images d'une outrance délibérée et des ruptures de ton constantes, qui mêle l'épopée grandiloquente, l'humour noir et une cruauté imaginaire assumée sans retenue. Les Chants de Maldoror multiplient les scènes de violence hyperbolique et les adresses directes au lecteur, dans une rhétorique flamboyante qui emprunte autant à l'épopée romantique qu'à une forme de parodie grinçante de celle-ci ; les Poésies, à l'inverse, adoptent un ton sentencieux et moralisateur qui semble contredire terme à terme l'œuvre précédente. Pour un premier contact, Les Chants de Maldoror restent l'incontournable, un texte qui continue de déconcerter et de fasciner près de cent soixante ans après sa parution.