Pourquoi le lire — Fils d'ambassadeur élevé entre la Bavière, la Roumanie et le Brésil, d'Ormesson confie volontiers avoir écrit son premier roman « pour plaire à une fille » — sans succès, ni auprès d'elle ni du public. Il devient pourtant l'un des visages les plus reconnaissables de l'Académie française, dont il sera le doyen pendant huit ans, avant de mourir d'une crise cardiaque à quatre-vingt-douze ans, salué par le président Macron comme « un prince des lettres ».
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né le 16 juin 1925 à Paris dans une famille aristocratique, fils d'André Lefèvre d'Ormesson, marquis et ambassadeur de France au Brésil ; passe son enfance entre la Bavière, la Roumanie et le Brésil au gré des postes diplomatiques paternels.
- Les études Étudie au lycée Henri-IV puis à l'École normale supérieure, où il obtient l'agrégation de philosophie tout en confiant plus tard n'y avoir jamais été qu'un « zéro pointé ».
- 1950 — l'Unesco Rejoint l'organisation comme responsable du conseil international de la philosophie et des sciences humaines.
- 1956 — les débuts Publie son premier roman, L'Amour est un plaisir, écrit selon ses propres mots « pour plaire à une fille » ; le livre, comme les suivants, ne rencontre guère de succès.
- 1971 — La Gloire de l'Empire Publie ce roman présenté sous la forme d'un livre d'histoire consacré à un empire antique entièrement fictif, qui lui vaut le Grand Prix du roman de l'Académie française.
- 1973 — l'Académie française Est élu au fauteuil 12 de l'Académie française, succédant à Jules Romains.
- 1974-1977 — Le Figaro Dirige le quotidien conservateur français, avant d'y poursuivre pendant quatre décennies une activité de chroniqueur régulier.
- 2009 — doyen de l'Académie Devient le doyen de l'Académie française à la mort de Claude Lévi-Strauss, son membre le plus ancien.
- 2015 Reçoit l'insigne honneur d'être publié de son vivant dans la prestigieuse collection de la Pléiade.
- 2017 Meurt d'une crise cardiaque le 5 décembre à Neuilly-sur-Seine, à quatre-vingt-douze ans ; le président Emmanuel Macron le salue comme « le meilleur de l'esprit français, un mélange unique d'intelligence, d'élégance et de malice ».
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
La Gloire de l'Empire (1971) — Le meilleur point d'entrée : l'histoire entièrement inventée d'un empire antique fictif, présentée avec un sérieux érudit qui lui vaut le Grand Prix du roman de l'Académie française.
Au plaisir de Dieu (1974) — Sa grande saga familiale, chronique romanesque de la noblesse française à travers le XXe siècle.
Dieu, sa vie, son œuvre (1981) — Un texte d'une fantaisie singulière, biographie facétieuse de Dieu lui-même racontée sur le mode de l'ouvrage érudit.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Doyen de l'Académie française et visage rare parmi les « immortels » à apparaître régulièrement à la télévision, d'Ormesson incarne durant plusieurs décennies une certaine image publique et bienveillante de la littérature française, entretenue par son art de la conversation et son autodérision constante. Son roman le plus célèbre, La Gloire de l'Empire, invente un genre singulier en présentant l'histoire fictive d'un empire imaginaire selon les codes rigoureux et érudits du livre d'histoire véritable, brouillant avec une élégance ludique les frontières entre fiction romanesque et discours savant. Son œuvre, mêlant fresques historiques inventées, sagas familiales et méditations philosophiques teintées d'une foi catholique jamais dogmatique, cultive un classicisme littéraire assumé qui tranche volontiers avec les avant-gardes de son époque, tout en conservant une légèreté de ton qui masque souvent une profondeur philosophique réelle héritée de sa formation initiale.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose élégante et enjouée, portée par un classicisme assumé et un art consommé de l'anecdote, où l'érudition la plus sérieuse se met toujours au service d'une légèreté de ton et d'une autodérision constantes. Cette apparente facilité, que d'Ormesson lui-même cultivait avec malice en minimisant volontiers son propre sérieux intellectuel, dissimule une réflexion philosophique et historique d'une réelle profondeur sur le temps, la civilisation et la foi. Pour un premier contact, La Gloire de l'Empire offre l'entrée la plus originale et la plus ludique de son œuvre ; Au plaisir de Dieu, plus classique dans sa forme romanesque, permet d'aborder différemment sa peinture de la société aristocratique française.
Citations célèbres § 05
- « Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c'est la présence des absents, dans la mémoire des vivants. »