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FICHE N° 0176 — LITT. YIDDISH — XXe S.

Isaac Bashevis Singer

1904 – 1991 · Pologne / États-Unis · Langue yiddish
Romancier et nouvelliste — prix Nobel 1978, seul et unique écrivain de langue yiddish de l'histoire distingué par le prix.
Pourquoi le lire — Né dans une longue lignée de rabbins hassidiques d'un shtetl polonais, préférant l'écriture à la carrière rabbinique à laquelle sa famille le destinait, Singer émigre aux États-Unis en 1935 pour fuir la montée de l'antisémitisme en Europe et compose, dans une langue yiddish qu'il ne cessera jamais d'employer, une œuvre entière dépeignant la vie juive de Pologne et d'Amérique. En 1978, il devient le seul et unique écrivain de langue yiddish de l'histoire à recevoir le prix Nobel de littérature, pour son art narratif passionné qui, enraciné dans une tradition culturelle judéo-polonaise, donne vie à des conditions humaines universelles.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né Izaak Zynger le 14 juillet 1904 à Leoncin, en Pologne du Congrès, alors dans l'Empire russe, au sein d'une longue lignée de rabbins hassidiques, fils du rabbin Pincus Menachem Singer.
  • L'enfance dans les shtetls Passe son enfance immergée dans le hassidisme, éduqué dans les écoles juives et un temps inscrit dans un séminaire rabbinique, avant que sa famille ne déménage à Varsovie où son père établit un tribunal rabbinique.
  • 1923 — Varsovie et le journalisme S'installe à Varsovie, où il retire ses vêtements religieux traditionnels et travaille comme correcteur pour la revue yiddish Literarishe Bleter, où son frère aîné, Israel Joshua Singer, écrivain déjà reconnu, travaille comme rédacteur.
  • 1925 — les débuts littéraires Publie son premier récit, « Dans la vieillesse », qui remporte le concours littéraire de la Literarishe Bleter.
  • 1932-1933 — la maturité naissante Publie ses premières œuvres véritablement mûres, dont la nouvelle « Le Juif de Babylone » et le court roman Satan à Goraï.
  • 1935 — l'émigration aux États-Unis Publie Satan à Goraï alors que la catastrophe nazie menace, émigrant la même année aux États-Unis pour fuir la montée de l'antisémitisme en Europe, rejoignant son frère Joshua déjà installé à New York, où il travaille comme écrivain, journaliste et traducteur pour le quotidien yiddish Der Forverts.
  • 1950 — La Famille Moskat Publie ce roman, l'une de ses grandes fresques consacrées à l'impact de l'assimilation, de la sécularisation et du modernisme sur la famille juive.
  • 1966 — Dans la cour de mon père Publie ce livre plus léger dépeignant son enfance dans l'un des quartiers pauvres et surpeuplés de Varsovie, quartier juif, juste avant et pendant la Première Guerre mondiale, soutenu par un sens rédempteur et mélancolique de l'humour et une clairvoyance libre de toute illusion.
  • 1970-1974 — les National Book Awards Reçoit à deux reprises cette distinction américaine majeure.
  • 1972 — Ennemis, une histoire d'amour Publie ce roman consacré à un survivant de la Shoah tiraillé entre plusieurs femmes dans l'Amérique de l'après-guerre.
  • 1978 — le Nobel Publie Shosha et reçoit le prix Nobel de littérature « pour son art narratif passionné qui, enraciné dans une tradition culturelle judéo-polonaise, donne vie à des conditions humaines universelles », devenant le seul et unique écrivain de langue yiddish de l'histoire ainsi distingué.
  • Les années 1980 Continue d'écrire et de traduire ses histoires et romans jusqu'au début d'une démence en 1987.
  • 1991 Meurt le 24 juillet à Surfside, en Floride, aux États-Unis, à quatre-vingt-sept ans.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Satan à Goraï (1935) — Le meilleur point d'entrée : sa première œuvre véritablement mûre, roman court écrit à la veille de son émigration.
La Famille Moskat (1950) — Sa grande fresque consacrée à l'impact de la modernité sur la famille juive polonaise.
Dans la cour de mon père (1966) — Son récit autobiographique de l'enfance dans le Varsovie juif d'avant-guerre.
Ennemis, une histoire d'amour (1972) — Son roman consacré à un survivant de la Shoah dans l'Amérique de l'après-guerre.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Seul et unique écrivain de langue yiddish de l'histoire à recevoir le prix Nobel de littérature, Singer glorifie par sa reconnaissance internationale la beauté et la puissance d'une langue et d'une culture largement anéanties par la Shoah, portant témoignage d'un monde disparu à jamais, détruit par le plus terrible des fléaux ayant frappé les Juifs et les autres peuples de Pologne. Son œuvre, mêlant ironie, esprit et sagesse à l'occulte et au grotesque, dépeint avec une acuité constante la vie juive de Pologne et d'Amérique à travers des récits s'étendant fréquemment sur plusieurs générations, explorant l'impact de l'assimilation, de la sécularisation et du modernisme sur la structure familiale traditionnelle. Ayant lu dans sa jeunesse Léon Tolstoï, dont l'influence affleure dans l'ampleur épique de certaines de ses fresques, il demeure avant tout un conteur et un styliste accompli, ses premières œuvres de fiction n'étant pas de grands romans mais des nouvelles et des récits brefs, genre dans lequel il donne peut-être le meilleur de lui-même.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Un « art narratif passionné », selon les termes mêmes du jury du Nobel, enraciné dans une tradition culturelle judéo-polonaise mais capable de donner vie à des conditions humaines universelles dépassant largement le cadre de sa communauté d'origine. Cette écriture, portée par un yiddish d'une richesse et d'une précision remarquables, mêle constamment ironie, esprit et sagesse à l'occulte et au grotesque, faisant surgir démons, dibbouks et forces surnaturelles au cœur même du réalisme le plus quotidien de la vie juive polonaise puis américaine. Pour un premier contact, Satan à Goraï offre l'entrée la plus caractéristique et la plus intensément habitée par le fantastique de son œuvre de jeunesse ; Dans la cour de mon père permet d'aborder pleinement sa dimension autobiographique et son évocation mélancolique et pleine d'humour d'un monde à jamais disparu.