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FICHE N° 0229 — LITT. FRANÇAISE — OULIPO — XXe S.

Georges Perec

1936 – 1982 · France · Langue française
Romancier, cinéaste et essayiste — figure majeure de l'Oulipo, auteur de La Vie mode d'emploi et de La Disparition.
Pourquoi le lire — Né à Paris dans un quartier populaire, fils unique d'immigrés juifs polonais qui perdent la vie durant la Seconde Guerre mondiale, son père tué au combat et sa mère déportée à Auschwitz, Perec grandit sous la tutelle de sa tante et son oncle paternels. Membre actif de l'Oulipo à partir de 1967, il invente sans cesse de nouvelles contraintes formelles, rédigeant un roman entier sans jamais utiliser la lettre "e", avant de composer avec La Vie mode d'emploi son œuvre la plus ambitieuse, considérée par beaucoup comme l'un des plus grands romans français du XXe siècle.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né le 7 mars 1936 à Paris, dans un quartier populaire, fils unique d'Icek Judko et Cyrla Peretz, immigrés juifs polonais, perdant son père, engagé dans l'armée française, tué en 1940, puis sa mère, déportée et probablement assassinée à Auschwitz durant l'Holocauste.
  • L'adoption Est recueilli en 1942 par sa tante et son oncle paternels, qui l'adoptent formellement en 1945, étudiant ensuite l'histoire et la sociologie à la Sorbonne, publiant dès cette période critiques et essais dans des revues littéraires prestigieuses.
  • 1961-1978 — l'archiviste Devient archiviste au Laboratoire de recherche neurophysiologique rattaché à l'hôpital Saint-Antoine, poste modeste qu'il conserve pendant près de deux décennies, le maniement quotidien de dossiers et de données variées ayant possiblement influencé son style littéraire.
  • 1965 — Les Choses Publie ce premier roman, qui lui vaut le prix Renaudot.
  • 1967 — l'Oulipo Rejoint le groupe Oulipo après une rencontre avec Raymond Queneau, dont il devient un proche ami, se liant également avec Jacques Roubaud, qui le présente au groupe.
  • 1969 — La Disparition Publie ce premier roman directement inspiré de son appartenance à l'Oulipo, lipogramme entièrement rédigé sans jamais employer la lettre "e".
  • 1972 — Les Revenentes Publie cette novella-compagnon où, à l'inverse, la seule voyelle employée est le "e".
  • 1975 — W ou le souvenir d'enfance Publie cette œuvre semi-autobiographique innovante entrelaçant deux récits alternés, l'un une fiction dystopique sur une île totalitaire nommée W, l'autre des souvenirs d'enfance, les deux convergeant vers la fin sur le thème commun de l'Holocauste.
  • 1978 — La Vie mode d'emploi et Je me souviens Publie son œuvre la plus ambitieuse, décrivant chaque logement et habitant d'un immeuble parisien fictif, qui lui vaut le prix Médicis et un succès financier et critique considérable lui permettant de se consacrer entièrement à l'écriture, ainsi que Je me souviens, recueil d'environ quatre cent quatre-vingts phrases commençant toutes par la même formule.
  • 1981-1982 — l'Australie et la mort Devient écrivain en résidence à l'université du Queensland, en Australie, où il travaille sur le roman policier inachevé 53 Jours, avant de mourir le 3 mars 1982 à quarante-cinq ans, des suites d'un cancer du poumon.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

La Vie mode d'emploi (1978) — Le meilleur point d'entrée : son chef-d'œuvre, roman-puzzle sur un immeuble parisien.
La Disparition (1969) — Son roman le plus célèbre pour sa contrainte, entièrement écrit sans la lettre "e".
W ou le souvenir d'enfance (1975) — Son autobiographie innovante à deux récits entrelacés.
Les Choses (1965) — Son premier roman, prix Renaudot.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Membre actif de l'Oulipo, groupe expérimental français consacré à la poursuite de nouvelles formes littéraires et à la revivification d'anciennes contraintes, Perec invente sans cesse de nouvelles prouesses et formes littéraires qui marquent profondément la direction de son écriture. Au-delà du célèbre lipogramme de La Disparition, il compose également un poème de trois cent quatre-vingt-dix-neuf vers dont chaque ligne est une anagramme du titre, ainsi qu'un texte constitué d'un unique palindrome de cinq mille lettres, démontrant une virtuosité formelle rarement égalée dans les lettres françaises. Perec lui-même classe son œuvre en quatre catégories, l'ordre sociologique sur le quotidien, l'ordre autobiographique, l'ordre ludique inspiré des recherches oulipiennes, et l'ordre romanesque né de son goût pour les histoires, La Vie mode d'emploi synthétisant à elle seule l'ambition de ces quatre veines dans une architecture narrative d'une complexité vertigineuse.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une écriture riche en jeux de mots expérimentaux, en listes et en tentatives de classification, dont l'ironie et la ludicité formelle laissent presque toujours transparaître, en profondeur, une mélancolie tenace liée aux origines traumatiques de l'auteur, la Shoah ayant emporté ses deux parents durant son enfance. Cette prose, qui refuse tout étiquetage strict malgré sa proximité constante avec le postmodernisme, se construit fréquemment selon des plans de contraintes d'écriture d'une complexité extrême, chaque élément ajoutant une couche supplémentaire à des architectures narratives d'une ambition rare dans la littérature française du XXe siècle. Pour un premier contact, La Vie mode d'emploi offre l'entrée la plus ambitieuse et la plus universellement saluée de son œuvre, description exhaustive d'un immeuble parisien et de ses habitants ; La Disparition permet d'aborder pleinement sa virtuosité oulipienne la plus spectaculaire, tour de force lipogrammatique sans la lettre la plus fréquente de la langue française.