Pourquoi le lire — Né dans la pauvreté au-delà du cercle polaire arctique, quittant l'école à treize ans pour enchaîner les métiers les plus rudes avant de devenir écrivain autodidacte, Johnson s'impose comme l'un des romanciers les plus novateurs de la littérature suédoise moderne, expérimentant des formes et des techniques narratives parmi les plus avancées de son temps. En 1974, il reçoit le prix Nobel de littérature, partagé à parts égales avec son compatriote Harry Martinson, pour un art narratif aux horizons vastes dans l'espace et le temps, au service de la liberté.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né Olof Edvin Werner Jonsson le 29 juillet 1900 à Svartbjörnsbyn, près de Boden, dans la province de Norrbotten, au nord de la Suède, au-delà du cercle polaire arctique, second plus jeune de six enfants d'un tailleur de pierre.
- Une enfance difficile Voit son père contracter la silicose vers 1904, plongeant la famille dans la pauvreté, quitte l'école à treize ans et le foyer parental à quinze ans, exerçant divers métiers de flotteur de bois, d'ouvrier de scierie et d'ouvreur de cinéma.
- 1919-1920 — Stockholm et les débuts Vit à Stockholm à dix-neuf ans, où il commence à contribuer à la littérature révolutionnaire sous le pseudonyme Eyvind Ung, fondant avec de jeunes écrivains la revue littéraire Vår Nutid.
- 1921 — l'Allemagne et Paris Se rend en Allemagne puis à Paris, où il gagne sa vie comme journaliste pour des journaux suédois, ouvrier cimentier, puis plongeur dans un grand hôtel près de la Gare du Nord.
- Le roman d'Olof Publie cette tétralogie qui reflète ses propres expériences de jeunesse et critique le capitalisme moderne, œuvre qui le fait progressivement reconnaître comme le romancier le plus novateur de la littérature suédoise.
- La Seconde Guerre mondiale Voit son opposition résolue au fascisme influencer directement son écriture, le conduisant à composer la trilogie Krilon, consacrée à la résistance face à la menace totalitaire.
- Après-guerre — la Suisse et l'Angleterre Passe du temps en Suisse et en Angleterre, contribuant à la BBC, tandis que ses romans d'après-guerre se tournent vers des thèmes historiques, lui valant une reconnaissance critique grandissante.
- 1953-1957 — les reconnaissances Reçoit un doctorat honorifique de l'université de Göteborg et est élu à l'Académie suédoise, au fauteuil n°11.
- 1959-1972 — le comité Nobel Est membre du comité Nobel de littérature, où il propose notamment à deux reprises la candidature de Georges Séféris, qui recevra le prix en 1963.
- 1962 — le prix du Conseil nordique Reçoit cette distinction pour Le Temps de Sa Grâce.
- 1974 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature « pour un art narratif, aux horizons vastes dans l'espace et le temps, au service de la liberté », partagé à parts égales avec son compatriote Harry Martinson — quatrième et, à ce jour, dernière occasion où le prix Nobel de littérature est partagé entre deux personnes, décision controversée en Suède où l'on reproche à l'Académie suédoise d'avoir récompensé deux de ses propres membres.
- 1976 Meurt le 25 août à Stockholm, à soixante-seize ans, moins de deux ans après sa consécration.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Retour à Ithaque (1946) — Le meilleur point d'entrée : sa réécriture de l'Odyssée, l'une de ses œuvres les plus internationalement connues.
Le Roman d'Olof — Sa tétralogie qui reflète ses propres origines ouvrières et critique le capitalisme moderne.
Trilogie Krilon — Son œuvre de résistance composée durant la Seconde Guerre mondiale face à la menace fasciste.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Considéré comme le romancier le plus novateur de la littérature suédoise moderne, Johnson figure parmi les rares romanciers issus de la classe ouvrière à avoir apporté à la littérature suédoise non seulement de nouveaux thèmes et points de vue, mais aussi une expérimentation des formes et des techniques narratives parmi les plus avancées de son époque. Membre du comité Nobel de littérature durant treize ans, il joue lui-même un rôle actif dans la reconnaissance internationale d'autres grands écrivains, notamment en proposant à deux reprises la candidature de Georges Séféris, qui recevra le prix en 1963. Selon les mots du membre de l'Académie Karl Ragnar Gierow lors de son discours de présentation, Johnson et Martinson « ne sont venus ni seuls, ni les premiers » : ils représentent les nombreux écrivains prolétaires ou poètes ouvriers qui ont fait irruption dans la littérature suédoise, non pour la piller, mais pour l'enrichir de leur fortune propre. La controverse entourant l'attribution du prix Nobel de littérature, en 1974, à deux membres de l'Académie suédoise elle-même, demeure un chapitre douloureux de l'histoire littéraire suédoise, la portée internationale des deux lauréats étant alors mise en question par de nombreux observateurs.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Un art narratif aux « horizons vastes dans l'espace et le temps », selon les termes mêmes du jury du Nobel, mis constamment au service de la liberté individuelle et collective, thème central hérité directement de son opposition résolue au fascisme durant la Seconde Guerre mondiale. Cette écriture, nourrie par une expérience personnelle de la pauvreté et du travail manuel rare chez les écrivains suédois de son temps, explore constamment les questions individuelles, morales, sociétales et politiques, alliant l'expérimentation formelle la plus avancée à un ancrage constant dans les réalités concrètes de la condition ouvrière. Pour un premier contact, Retour à Ithaque offre l'entrée la plus accessible et la plus internationalement reconnue de son œuvre ; Le Roman d'Olof permet d'aborder pleinement sa dimension autobiographique et sa critique du capitalisme moderne.