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FICHE N° 0288 — LITT. PÉRUVIENNE — AVANT-GARDE POÉTIQUE — XXe S.

César Vallejo

1892 – 1938 · Pérou · Langue espagnole
Poète — considéré comme le plus grand poète péruvien de tous les temps, l'une des voix les plus novatrices de la poésie en langue espagnole.
Pourquoi le lire — Né César Abraham Vallejo Mendoza à Santiago de Chuco, petite ville de la cordillère péruvienne, Vallejo publie en 1919 Les Hérauts noirs, premier livre imprégné de l'esthétique moderniste, avant de rompre entièrement avec cette tradition dans Trilce, en 1922, l'un des recueils les plus novateurs de la littérature en langue espagnole. Fatigué de ce qu'il perçoit comme l'insignifiance de sa patrie, il s'exile à Paris en 1923, où il mène une existence précaire jusqu'à sa mort, composant dans ses dernières années le cycle inachevé des Poèmes humains, salué depuis comme l'un des sommets de la poésie sud-américaine du XXe siècle.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né en 1892 à Santiago de Chuco, petite ville de la cordillère péruvienne, faisant ses études secondaires à Huamachuco avant de s'inscrire aux universités de Trujillo et de Lima, tout en travaillant pour gagner sa vie.
  • 1917 — les milieux bohèmes de Lima Se mêle aux milieux bohèmes et intellectuels de la capitale, où il se lie avec Víctor Raúl Haya de la Torre et José Carlos Mariátegui.
  • 1919 — Les Hérauts noirs Publie ce premier livre imprégné de l'esthétique moderniste à la façon de Rubén Darío, empreint d'une vision triste du monde, l'être humain y apparaissant comme un être coupable subissant les caprices du destin, ouvrage qui lui vaut de nombreux éloges et de vives inimitiés.
  • 1920 — l'emprisonnement injuste Revient en août à Santiago de Chuco, où sa générosité impulsive le fait intervenir dans un conflit local, étant arrêté injustement et emprisonné à Trujillo pendant quatre mois.
  • 1922 — Trilce Publie, une fois sorti de prison et de retour à Lima, ce second recueil dont la rupture avec la poésie antérieure est complète, l'angoisse et la désolation y apparaissant dans un langage entièrement neuf, dépourvu de toute trace moderniste, salué comme l'un des ouvrages les plus novateurs de la littérature en langue espagnole.
  • 1923 — l'exil à Paris S'embarque pour l'Europe, fatigué de ce qu'il perçoit comme l'insignifiance de sa patrie, arrivant à Paris où il travaille pour des journaux et magazines latino-américains et rencontre celle qui deviendra son épouse, Georgette Philippart Travers, menant dès lors une existence précaire jusqu'à sa mort.
  • Les avant-gardes européennes Prend contact à Paris avec les avant-gardes européennes, devenant un grand ami du poète espagnol Juan Larrea.
  • 1928-1932 — l'engagement politique Entre en 1928 au Parti communiste péruvien, adhérant également en 1932 au Parti communiste d'Espagne, contribuant à rassembler des fonds en faveur de la cause républicaine pendant la guerre civile et se rendant à plusieurs reprises en Espagne au début du conflit.
  • Les dernières œuvres Compose dans les dernières années de sa vie le cycle inachevé des Poèmes humains, ainsi qu'un ensemble de quinze textes sur la guerre d'Espagne, publiés après sa mort sous le titre Espagne, éloigne de moi ce calice.
  • 1938 — la mort Meurt le 15 avril à Paris, à l'âge de quarante-six ans, des suites d'une maladie dont l'origine reste incertaine, certains évoquant les séquelles d'un paludisme contracté dans son enfance, étant enterré au cimetière du Montparnasse.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Trilce (1922) — Le meilleur point d'entrée : son recueil le plus radical et le plus novateur.
Les Hérauts noirs (1919) — Son premier recueil, encore marqué par le modernisme.
Poèmes humains — Son cycle inachevé, publié après sa mort.
Espagne, éloigne de moi ce calice — Ses poèmes sur la guerre civile espagnole.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Considéré dans son Pérou natal comme le plus grand poète de tous les temps, Vallejo est l'une des figures les plus importantes de la poésie hispano-américaine du XXe siècle, malgré la brièveté de sa vie comme de son œuvre. Le critique et biographe britannique Martin Seymour-Smith l'a qualifié de plus grand poète du XXe siècle toutes langues confondues, jugement qui illustre l'ampleur de sa reconnaissance posthume, lui qui fut soutenu de son vivant par Pablo Neruda et salué très tôt par des auteurs aussi importants que Vicente Huidobro ou Octavio Paz. Sa rupture radicale avec le modernisme dans Trilce, poussant la langue espagnole jusqu'à la désarticulation syntaxique pour traduire une angoisse existentielle inédite, fait de lui l'un des précurseurs les plus audacieux de la modernité poétique en Amérique latine, son influence irriguant toute la génération de poètes qui lui succède.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une poésie qui évolue radicalement au fil de son œuvre, des rythmes et rimes scrupuleusement étudiés des Hérauts noirs, où l'amour, la mort et le paysage péruvien se mêlent à des mots empruntés au quechua, jusqu'à la désarticulation complète du langage dans Trilce, où l'anecdote disparaît et où la syntaxe elle-même semble céder sous le poids de l'angoisse. Cette écriture, traversée par une sensibilité extrême souvent déchirée par d'infinies souffrances traduites en images hallucinées, ne cesse d'interroger la condition humaine, la culpabilité, l'abandon divin, la solidarité avec les plus démunis, sans jamais offrir de baume à la souffrance qu'elle décrit. Pour un premier contact, Trilce offre l'entrée la plus radicale dans son univers, poésie d'avant-garde qui pousse la langue espagnole à ses limites ; Les Hérauts noirs permettent d'aborder pleinement sa veine la plus accessible, encore marquée par la tradition moderniste mais déjà habitée par une vision désabusée du monde.