Le roman se présente comme un monologue d'un seul tenant, sans point final de phrase, distribué en vingt-quatre chapitres et en neuf parties qui correspondent aux villes italiennes traversées par le train. Le narrateur, Francis Servain Mirkovic, d'origine croate, a travaillé pour les services de renseignement français en Méditerranée ; il emporte une mallette de documents qu'il compte remettre à un contact à Rome en changeant de vie. Trois chapitres (IV, XIII et XX) font exception : ils intègrent un roman de guerre lu par le narrateur, écrit à la troisième personne, sur le conflit israélo-palestinien.
Zone remporte le prix Décembre en 2008, puis le prix du Livre Inter en 2009, et fait connaître Énard d'un large public. La critique salue la prouesse formelle et la puissance du propos, en parlant d'un soliloque fiévreux traversé par les crimes de masse du siècle. La longueur de la phrase, qui exige une lecture continue, est le principal sujet de débat autour du livre ; elle en reste aussi la signature la plus reconnaissable.
Zone montre comment une contrainte de forme peut devenir un mode de connaissance : la phrase unique mime le flux de la mémoire et refuse la coupure commode entre les guerres, qui se répondent d'un bout à l'autre de la Méditerranée. Le roman a installé Énard parmi les écrivains français qui regardent le Proche-Orient de l'intérieur, et il demeure l'une des tentatives les plus radicales de dire la violence du XXe siècle par la littérature. Il se lit mieux d'une traite que par fragments.