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ŒUVRE N° 1576 — ROMAN — FRANCE — 2008

Zone

2008 · Roman · Mathias Énard
Une seule phrase de cinq cents pages : le voyage en train d'un ancien agent, des guerres du siècle à Rome.
Pourquoi le lire — Un seul voyage en train, de Milan à Rome, et une seule phrase d'environ cinq cents pages. Francis Servain Mirkovic, ancien agent de renseignement, y remonte les guerres de la Méditerranée du XXe siècle, de la Croatie à l'Algérie, du Liban à la Palestine, tandis que le convoi file à travers l'Italie. Énard fait de la forme même un effet de lecture : on avance sans reprendre souffle, au rythme du train et de la mémoire.

Contexte d'écriture § 01

  • Avant 2008 Énard, arabisant de formation, rassemble une documentation considérable (documents, entretiens) sur les conflits de la Méditerranée avant d'écrire le roman.
  • 2008 Zone paraît chez Actes Sud, son troisième roman après La Perfection du tir (2003) et Remonter l'Orénoque (2005).
  • 2008 Le livre reçoit le prix Décembre.
  • 2009 Il obtient le prix du Livre Inter ; il a aussi reçu le prix Candide.

Structure § 02

Le roman se présente comme un monologue d'un seul tenant, sans point final de phrase, distribué en vingt-quatre chapitres et en neuf parties qui correspondent aux villes italiennes traversées par le train. Le narrateur, Francis Servain Mirkovic, d'origine croate, a travaillé pour les services de renseignement français en Méditerranée ; il emporte une mallette de documents qu'il compte remettre à un contact à Rome en changeant de vie. Trois chapitres (IV, XIII et XX) font exception : ils intègrent un roman de guerre lu par le narrateur, écrit à la troisième personne, sur le conflit israélo-palestinien.

Réception § 03

Zone remporte le prix Décembre en 2008, puis le prix du Livre Inter en 2009, et fait connaître Énard d'un large public. La critique salue la prouesse formelle et la puissance du propos, en parlant d'un soliloque fiévreux traversé par les crimes de masse du siècle. La longueur de la phrase, qui exige une lecture continue, est le principal sujet de débat autour du livre ; elle en reste aussi la signature la plus reconnaissable.

Pourquoi il compte encore § 04

Zone montre comment une contrainte de forme peut devenir un mode de connaissance : la phrase unique mime le flux de la mémoire et refuse la coupure commode entre les guerres, qui se répondent d'un bout à l'autre de la Méditerranée. Le roman a installé Énard parmi les écrivains français qui regardent le Proche-Orient de l'intérieur, et il demeure l'une des tentatives les plus radicales de dire la violence du XXe siècle par la littérature. Il se lit mieux d'une traite que par fragments.