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ŒUVRE N° 1741 — ROMAN — ESPAGNE — 1992

Un cœur si blanc

1992 · Roman · Javier Marías
Un jeune marié découvre les secrets de la famille de son père.
Pourquoi le lire — Un jeune interprète, qui vient de se marier, se met à poser des questions dont il redoute la réponse : que s'est-il passé dans la vie de son père avant sa mère ? Marías fait d'un secret de famille un livre d'écoute et de soupçon, où ce qu'on dit à demi-mot pèse plus que ce qu'on avoue. Le titre cite Macbeth, et l'ombre d'une mort jamais expliquée traverse le récit. Un roman lent, envoûtant, qui a fait connaître l'auteur bien au-delà de l'Espagne.

Contexte d'écriture § 01

  • 1986 Marías reçoit le prix Herralde pour El hombre sentimental ; il est déjà un romancier reconnu en Espagne.
  • 1989 Il publie Todas las almas, le roman qui précède Un cœur si blanc.
  • 1992 Corazón tan blanco paraît en Espagne. Le titre vient de Macbeth (acte II, scène 2), où Lady Macbeth dit avoir honte de porter « un cœur si blanc ».
  • 1995 La traduction anglaise de Margaret Jull Costa paraît chez Harvill Press.
  • 1997 Le roman reçoit le prix IMPAC de Dublin, décerné conjointement à l'auteur et à sa traductrice.

Structure § 02

Le récit est à la première personne : Juan, interprète, raconte son mariage avec Luisa et ce qu'il apprend sur les mariages de son père. Il découvre que celui-ci a été marié avant sa mère, et que la mort d'une première épouse, peu après les noces, n'a jamais été vraiment expliquée.

Le livre n'avance pas par péripéties. Marías procède par phrases longues, retours en arrière et digressions, et fait de la parole surprise ou retenue le véritable ressort de l'intrigue : conversations entendues par hasard, silences, demi-aveux. Le métier du narrateur, qui transmet les mots des autres sans être censé y prendre part, éclaire cette position d'écoute.

Réception § 03

Le roman est un succès international et le livre par lequel de nombreux lecteurs découvrent Marías. Il est traduit en anglais en 1995 et reçoit en 1997 le prix IMPAC de Dublin, qui consacre à la fois l'auteur et sa traductrice.

La critique anglo-saxonne le salue largement : le New York Times écrit que la technique de Marías, difficile et séduisante, y atteint son sommet, et The Independent évoque la beauté hypnotique, presque sinistre, de son style. Une édition de poche anglaise de 2012 (Penguin) est préfacée par le romancier Jonathan Coe, signe de la place prise par le livre dans le canon contemporain.

Pourquoi il compte encore § 04

Un cœur si blanc montre comment un roman peut tenir sur très peu d'événements : un mariage, un secret, quelques conversations. Marías y met en place ce qui fera sa manière, une prose méditative qui s'attache moins à ce qui arrive qu'à ce que l'on sait ou refuse de savoir. Le livre reste l'entrée la plus naturelle dans son œuvre, et un exemple achevé de roman fondé sur l'écoute et la conjecture, où le doute du lecteur est celui du narrateur.