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ŒUVRE N° 1978 — ROMAN — JAPON — 1924

Un amour insensé

1924 · Roman · Jun'ichirō Tanizaki
Un employé modèle forme une très jeune fille pour en faire sa femme idéale, et devient son esclave.
Pourquoi le lire — Jōji, ingénieur sérieux et réservé, recueille Naomi, jeune serveuse de quinze ans, et entreprend de l'éduquer pour en faire une femme moderne, à l'occidentale. Tanizaki raconte, par la voix de Jōji lui-même, comment l'élève renverse peu à peu les rôles. Le roman est à la fois une comédie cruelle, un portrait du Japon des années 1920 attiré par l'Occident et l'une des plus nettes illustrations de la fascination tanizakienne pour la femme dominatrice.

Contexte d'écriture § 01

  • 1923 Après le séisme du Kantō, Tanizaki s'installe dans la région du Kansai, qui lui fait découvrir un autre Japon.
  • Mars 1924 Le roman commence à paraître en feuilleton dans un quotidien d'Osaka, l'Osaka Asahi.
  • 1924 Sous la pression de lecteurs choqués, le quotidien interrompt la publication ; la revue Joséi (Femme) publie la suite.
  • 1925 Le roman paraît en volume chez Kaizōsha.
  • 1967 Yasuzō Masumura l'adapte au cinéma sous le titre Chijin no ai ; le film sort le 29 septembre.

Structure § 02

Le roman est un récit à la première personne : Jōji, ingénieur électricien d'une trentaine d'années, rédige son histoire a posteriori, avec une franchise qui n'exclut pas l'autojustification. Il rencontre Naomi, âgée de quinze ans, dans un café, la prend sous sa protection et veut l'élever selon son goût, en lui faisant apprendre l'anglais et en lui offrant des vêtements occidentaux.

L'intrigue suit le renversement progressif de cette relation : à mesure que Naomi grandit, elle utilise son pouvoir de séduction pour imposer ses volontés, jusqu'à reléguer Jōji dans la position de serviteur. Le ton reste léger, souvent comique, et le récit gagne en tension par accumulation de scènes, sans digression.

Réception § 03

À sa parution, le livre divise : les jeunes lecteurs voient en Naomi un modèle de femme moderne, tandis que les plus âgés sont choqués par sa sexualité affirmée et son pouvoir de manipulation. Les réactions sont assez vives pour que l'Osaka Asahi interrompe le feuilleton, que la revue Joséi poursuit sans difficulté en raison du succès du récit.

Le roman est devenu l'un des livres les plus connus de Tanizaki au Japon. Le film de Yasuzō Masumura, sorti en 1967, a prolongé sa notoriété.

Pourquoi il compte encore § 04

Le livre fixe un thème qui traverse toute l'œuvre de Tanizaki : le désir qui renverse la hiérarchie entre celui qui possède et celui qui adore. Il le fait avec humour, sans sermon, et offre en même temps un tableau précis du Japon moderne des années 1920, séduit par l'Occident. La lucidité ironique du narrateur, qui comprend tout et ne peut rien, donne au récit sa saveur. On peut le lire comme une comédie ou comme un texte plus inquiétant sur l'emprise.