Le roman est un récit à la première personne : Jōji, ingénieur électricien d'une trentaine d'années, rédige son histoire a posteriori, avec une franchise qui n'exclut pas l'autojustification. Il rencontre Naomi, âgée de quinze ans, dans un café, la prend sous sa protection et veut l'élever selon son goût, en lui faisant apprendre l'anglais et en lui offrant des vêtements occidentaux.
L'intrigue suit le renversement progressif de cette relation : à mesure que Naomi grandit, elle utilise son pouvoir de séduction pour imposer ses volontés, jusqu'à reléguer Jōji dans la position de serviteur. Le ton reste léger, souvent comique, et le récit gagne en tension par accumulation de scènes, sans digression.
À sa parution, le livre divise : les jeunes lecteurs voient en Naomi un modèle de femme moderne, tandis que les plus âgés sont choqués par sa sexualité affirmée et son pouvoir de manipulation. Les réactions sont assez vives pour que l'Osaka Asahi interrompe le feuilleton, que la revue Joséi poursuit sans difficulté en raison du succès du récit.
Le roman est devenu l'un des livres les plus connus de Tanizaki au Japon. Le film de Yasuzō Masumura, sorti en 1967, a prolongé sa notoriété.
Le livre fixe un thème qui traverse toute l'œuvre de Tanizaki : le désir qui renverse la hiérarchie entre celui qui possède et celui qui adore. Il le fait avec humour, sans sermon, et offre en même temps un tableau précis du Japon moderne des années 1920, séduit par l'Occident. La lucidité ironique du narrateur, qui comprend tout et ne peut rien, donne au récit sa saveur. On peut le lire comme une comédie ou comme un texte plus inquiétant sur l'emprise.