Le poème observe un même merle à travers treize courts fragments numérotés en chiffres romains, chacun proposant un angle de perception radicalement différent sur l'oiseau, tantôt simple point mobile dans un paysage de montagnes enneigées, tantôt présence qui façonne la pensée même de l'observateur. Cette fragmentation délibérée, influencée à la fois par la précision de l'image chère aux imagistes et par la multiplication des perspectives empruntée au cubisme pictural, refuse toute synthèse unificatrice pour explorer la façon dont un même objet change de sens selon l'angle depuis lequel on le regarde.
Le poème devient, bien après sa parution initialement discrète, l'un des textes les plus enseignés et les plus commentés de la poésie américaine moderniste, souvent cité comme l'exemple parfait de la méthode de Stevens pour explorer la relation entre perception, langage et réalité.
Thirteen Ways of Looking at a Blackbird demeure un modèle inégalé de la façon dont la fragmentation formelle peut transformer l'observation d'un objet banal en une méditation philosophique profonde sur les limites et les pouvoirs de la perception humaine.