La chanson décrit, par touches sensorielles précises, une visite chez Suzanne près du fleuve Saint-Laurent, thé, oranges venues de Chine, robes de chiffon récupérées dans les friperies de l'Armée du Salut, dans une atmosphère à la fois concrète et mystique. Le texte glisse ensuite vers une évocation de Jésus marchant sur les eaux, brisé bien avant que le ciel ne s'ouvre, mêlant l'érotisme discret et la spiritualité chrétienne dans un même geste poétique caractéristique de toute l'œuvre de Cohen.
La chanson devient rapidement un classique du folk nord-américain, sa version par Judy Collins en 1966 précédant même l'enregistrement de Cohen lui-même, et reste depuis l'une des chansons les plus reprises et les plus étudiées de son répertoire.
Suzanne demeure l'archétype de l'écriture de Cohen, capable de transformer une rencontre réelle et modeste en une méditation quasi religieuse sur la grâce et la beauté, une alchimie entre le concret et le sacré qui traversera toute son œuvre ultérieure.