Le recueil rompt délibérément avec l'univers du Romancero gitano : les couleurs de l'Andalousie natale cèdent la place au gris de la mégalopole new-yorkaise, qui semble envahir aussi bien les rues que les esprits. Sous l'influence du surréalisme et de l'expressionnisme, Lorca abandonne les contraintes classiques de ses œuvres de jeunesse pour des vers plus rythmés, presque chantants mais fragmentés, qui traduisent le vertige et l'angoisse d'un homme confronté à la modernité urbaine la plus brutale.
Le recueil a suscité des jugements très partagés parmi ses contemporains et la critique postérieure : certains y voient une œuvre mineure comparée au Romancero gitano, d'autres au contraire la considèrent comme l'aboutissement le plus moderne et le plus ambitieux de sa poésie.
Le texte complique l'image du « chantre de l'Andalousie » que le Romancero gitano avait fixée — Lorca s'y montre capable d'une tout autre écriture, tournée vers l'angoisse de la modernité urbaine plutôt que vers le folklore rural. C'est aussi l'un des documents les plus directs sur ce qu'a vécu, intérieurement, un artiste européen confronté pour la première fois à l'Amérique industrielle du début du XXe siècle.