Le livre est plus court que les romans précédents de Cossery, sans doute en raison de sa santé déclinante. Il s'organise autour d'un trio : Ossama, voleur, Karamallah, journaliste et écrivain exilé dans la Cité des morts du Caire, et Nirm, l'ancien maître d'Ossama. Le point de départ est une lettre compromettante qui révèle la corruption d'un promoteur, lié à l'effondrement d'un immeuble de logements sociaux. L'intrigue sert de prétexte à une satire du pouvoir et de l'argent : la corruption, les complicités, les protecteurs, tout y est traité sur le mode de la farce, avec un style limpide.
Le roman est publié en 1999 chez Joëlle Losfeld et reçoit le prix Méditerranée en 2000. Il a été traduit en portugais (As Cores da Infâmia, 2000) et en anglais (The Colors of Infamy, 2011). Il est souvent lu comme un testament de l'auteur, qui y reprend ses thèmes de toujours : la paresse comme résistance, la dérision comme arme, la solidarité des pauvres. Sa brièveté a été remarquée, de même que sa tonalité plus directement politique.
Le livre est un dernier mot de Cossery, qui y condense une œuvre : il montre un Caire de corruption, de misère et de complicités, vu par ceux qui n'ont rien à perdre. Sa leçon est celle de tous ses romans : le pouvoir mérite le rire, non le respect. Pour qui connaît déjà Mendiants et orgueilleux, il en offre un prolongement plus tardif et plus mordant ; pour un premier contact, il se lit d'une traite et donne une idée juste de l'ensemble.