Le roman, le deuxième plus long de Fontane, tourne autour de Dubslav von Stechlin, hobereau veuf qui vit près du lac de Stechlin avec son serviteur Engelke. Autour de lui : le pasteur Lorenzen, esprit libéral ; le maître d'école Krippenstapel, plus conservateur ; son fils Woldemar, officier de cavalerie dans un régiment de la Garde à Berlin. Le récit suit les visites, les dîners, les discussions politiques et religieuses, et accompagne les projets de mariage de Woldemar. Le lac, qui réagit dit-on aux grands événements du monde, sert de symbole : tout ce qui se passe loin finit par toucher la campagne prussienne. L'action y compte moins que la conversation.
Le Stechlin est publié l'année de la mort de Fontane. Il est aujourd'hui considéré comme son testament littéraire : un roman de la sagesse tardive, qui regarde avec indulgence le monde des hobereaux sans cacher que ce monde touche à sa fin. Sa lenteur le rend moins accessible que Effi Briest, mais il est très apprécié des lecteurs de Fontane. Il a d'abord paru en feuilleton dans la revue Über Land und Meer en 1897, avant sa publication en volume en 1898. Fontane meurt la même année, ce qui lui donne, rétrospectivement, la valeur d'un dernier mot.
Le Stechlin offre l'image la plus complète de ce que Fontane tenait pour essentiel : l'attention aux gens ordinaires, la liberté d'esprit, l'ironie bienveillante. Dubslav, vieux noble tolérant, est l'un de ses plus beaux personnages. Le roman montre aussi comment un auteur de plus de soixante-quinze ans pouvait écrire sur le changement des temps sans nostalgie complaisante ni polémique. C'est un livre à lire après les autres, pour mesurer ce que le roman allemand du XIXe siècle pouvait dire de la politique et de la vie sociale.