Le roman dépasse huit cents pages, couvre près de quarante ans et se compose de trente-six séquences, formées d'environ trois cents fragments de longueur variable. Cette composition, que la critique qualifie de kaléidoscopique, s'écarte du roman linéaire.
Le fil conducteur est le journal d'un écrivain-narrateur, du 8 janvier 1947 au 9 janvier 1948. Trois couches s'y entrecroisent : la « Chronique du temps passé », qui porte sur les années 1912 à 1919, le journal d'un responsable, et les événements contemporains du narrateur. Le lecteur doit reconstituer les liens entre ces plans, comme on assemble un puzzle.
Le Jeu de patience est publié en 1949 chez Gallimard. En lice pour le prix Goncourt, il est très soutenu par André Billy, mais perd au second tour, par une voix contre huit, devant Week-end à Zuydcoote de Robert Merle. Il reçoit alors le prix Renaudot, en décembre 1949. Ce prix, remis traditionnellement le jour même du Goncourt, lui assure malgré tout une large audience.
L'œuvre marque une évolution de l'écriture de Guilloux : elle introduit de nouvelles pratiques, que l'auteur continuera d'explorer par la suite.
Le roman compte parce qu'il montre un Guilloux en pleine maturité, qui quitte le récit linéaire pour une composition ample, souvent comparée à un puzzle. Il y relie l'histoire intime, la guerre et l'après-guerre. Moins accessible que Le Sang noir ou Le Pain des rêves, il s'adresse au lecteur qui veut explorer la complexité de l'œuvre : c'est un livre à lire après les autres, pour mesurer l'ambition de son auteur.