Le roman suit Fouroulou Menrad, double à peine voilé de Feraoun lui-même, depuis son enfance dans un village kabyle jusqu'à son entrée à l'école normale d'instituteurs. Le texte s'attache aux détails concrets de la pauvreté rurale — la nourriture, le travail, les hiérarchies familiales — avec une précision presque documentaire, sans jamais transformer cette pauvreté en spectacle destiné à émouvoir un lecteur extérieur.
Salué dès sa parution malgré une publication à compte d'auteur, le livre devient l'un des grands succès de librairie de Feraoun et l'un des textes fondateurs de la littérature algérienne d'expression française, aux côtés des premiers romans de Mouloud Mammeri et Mohammed Dib.
Avant ce livre, la Kabylie rurale était surtout un décor vu depuis l'extérieur par la littérature coloniale. Feraoun la fait exister de l'intérieur, avec la voix d'un enfant qui deviendra plus tard tout ce que son propre parcours symbolise : l'accès, difficile, à l'instruction. C'est un texte qui continue de parler à quiconque a grandi loin des lieux où se décide ce qu'on appelle la réussite.