Le récit est mené à la troisième personne, mais reste très proche de la pensée de Fridolin. Il s'ouvre sur un moment ordinaire — le soir, dans l'appartement, la fille couchée — après un bal où le couple s'est rendu ; Albertine fait alors une confession qui occupe tout le centre : un officier danois entrevu un été, un rêve. Fridolin cherche alors à se mesurer à ce désir par une série d'aventures nocturnes, dans lesquelles il croise des dangers : une réunion masquée où il n'est pas à sa place, et des conséquences troublantes. L'alternance entre le rêve d'Albertine, que le récit rapporte longuement, et les errances de Fridolin donne à la nouvelle sa structure double ; Schnitzler a un temps pensé au titre de Doppelnovelle, « nouvelle double ».
La nouvelle, publiée en 1926, est restée célèbre surtout par sa postérité cinématographique : Eyes Wide Shut (1999), de Stanley Kubrick, en reprend la trame en la transposant à New York. En France, les traducteurs ont hésité sur le titre : La Nouvelle rêvée, Double rêve (proposé par Pierre Deshusses, qui voulait souligner l'échange de rêves et d'impulsions entre les deux époux). On y lit une œuvre où l'érotisme est lié à la peur et au doute, et où le rêve n'est pas un simple décor : il a la même réalité que la vie éveillée.
La Nouvelle rêvée est devenue l'un des textes sur le couple les plus lus du XXe siècle. Sans jamais donner de leçon, Schnitzler montre que la fidélité n'efface ni le désir ni la jalousie, et que l'on connaît mal la personne qui partage sa vie. Le récit a trouvé de nouveaux lecteurs avec le film de Kubrick, mais il vaut pour lui-même : sa construction rigoureuse, son ambiguïté, sa façon d'entretenir une inquiétude sans la résoudre.