Le poème pleure d'abord la disparition de Pouchkine avec une émotion sincère, avant de se muer en un réquisitoire d'une violence inouïe contre la haute société pétersbourgeoise et le pouvoir tsariste, que Lermontov accuse ouvertement d'avoir orchestré, par leur hypocrisie et leur indifférence, les circonstances qui ont conduit le poète à son duel fatal. Cette accusation frontale, formulée dans les tout derniers vers ajoutés après la première diffusion du texte, transforme l'élégie funéraire en pamphlet politique d'une audace rare pour l'époque.
Le poème rend Lermontov célèbre du jour au lendemain à travers toute la Russie littéraire, mais son audace politique lui vaut également d'être arrêté et exilé une première fois vers un régiment du Caucase.
Le poème demeure un document historique et littéraire essentiel sur la réception de la mort de Pouchkine par sa génération, tout en constituant le texte fondateur de la propre légende de Lermontov, dont la trajectoire suivra quatre ans plus tard un tracé tragiquement similaire.