Le récit est mené à la troisième personne, au plus près d’Alec Leamas. Il s’ouvre sur une scène de guet au poste-frontière de Berlin, où un agent est abattu, puis suit la lente « chute » organisée de Leamas : alcool, emploi médiocre, rencontre avec Liz Gold, jeune bibliothécaire communiste. Le roman est court et sec, sans digression, et son intrigue se resserre jusqu’à une conclusion volontairement dépouillée. Autour de Leamas gravitent Control, son supérieur, Mundt, haut responsable est-allemand, et Fiedler, son adversaire interne. La mécanique de la tromperie est le véritable sujet : le lecteur croit comprendre l’opération, jusqu’à ce que le texte déplace ce qu’il croyait savoir.
À sa parution, le roman est un très grand succès, en Grande-Bretagne comme aux États-Unis, et fait de son auteur, jusque-là inconnu, un écrivain de premier plan. Il reçoit le Gold Dagger de la Crime Writers’ Association en 1963 et le prix Edgar-Allan-Poe du meilleur roman en 1965. Il est adapté au cinéma en 1965 par Martin Ritt, avec Richard Burton dans le rôle de Leamas. Sa noirceur — l’Occident n’y est pas plus propre que l’Est — a contribué à sa réputation : on y a vu, à l’époque, une rupture avec l’image héroïque de l’espion popularisée par Ian Fleming.
Le roman reste la meilleure porte d’entrée dans l’œuvre de le Carré, parce qu’il y pose, en moins de trois cents pages, sa question fondamentale : au nom de quoi une démocratie peut-elle employer les méthodes de ses adversaires ? Il a fixé durablement l’image d’une guerre froide faite de calculs, de mensonges et de victimes collatérales. Sa construction rigoureuse en fait aussi un modèle d’économie narrative, que la lecture rapide du livre met immédiatement en évidence.