Le roman est présenté comme le récit d'un patient d'asile, dit « le numéro 23 », rapporté par un narrateur qui l'a écouté. Il se compose de courts chapitres où le héros explore le monde des kappa : leurs coutumes, leur art, leur religion, leur économie. Chaque chapitre ajoute une satire : sur la naissance, sur l'amour, sur l'industrie, sur l'art et la religion. La forme est celle du récit de voyage fantastique, qui rappelle les Voyages de Gulliver. Le ton passe de l'ironie à la mélancolie à mesure que le récit avance.
Publié quelques mois avant la mort de son auteur, le livre a d'emblée été lu à travers le prisme de ce suicide, ce qui a pu orienter l'interprétation vers le testament désespéré. La critique y voit aussi une satire sociale éclatante, qui vise le Japon des années 1920 : capitalisme, eugénisme, conformisme, bureaucratie. Le livre est resté l'un des textes les plus lus de l'auteur au Japon.
Kappa est une rareté : un roman fantastique qui est aussi une satire sociale précise et un document sur l'état d'esprit de son auteur. Il montre un Akutagawa à la fois plus mordant et plus désespéré que dans ses nouvelles historiques. C'est une lecture idéale pour qui veut voir, au-delà de la perfection formelle de Rashōmon, ce que cette œuvre doit à l'angoisse de son temps.