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ŒUVRE N° 1581 — ROMAN — ALGÉRIE — 2024

Houris

2024 · Roman · Kamel Daoud
Aube, rescapée de la décennie noire algérienne, qui parle à l'enfant qu'elle porte.
Pourquoi le lire — Aube, une jeune femme, porte à la gorge la marque de la décennie noire : une cicatrice qui la prive de la voix. Elle parle pourtant, à l'enfant qu'elle porte, et raconte ce qui s'est passé. Un roman sur la mémoire d'une guerre civile que l'Algérie officielle voudrait taire, qui refuse l'oubli décrété par la loi, écrit d'une voix forte, parfois très dure.

Contexte d'écriture § 01

  • 1992–2002 La guerre civile algérienne, dite « décennie noire », fait un nombre très élevé de victimes.
  • 2005 Une loi sur la réconciliation nationale restreint les prises de parole publiques sur cette période.
  • Août 2024 Daoud publie Houris chez Gallimard.
  • 4 novembre 2024 Il reçoit le prix Goncourt, dès le premier tour de scrutin.

Structure § 02

Le roman repose sur la voix d'Aube, qui s'adresse à l'enfant qu'elle porte. Rescapée de la décennie noire, seule survivante de sa famille, elle garde à la gorge une cicatrice qui la prive de parole, et le récit cherche à lui rendre cette voix. Daoud suit son errance dans Oran, ses souvenirs, ses rencontres, et revient sur les violences de la guerre civile. Le titre, « houris », désigne les vierges promises aux croyants dans le paradis de la tradition islamique : il oppose à cette promesse la réalité des corps de femmes. Le roman mêle récit de mémoire, adresse à un enfant et méditation sur la religion, la violence et la parole.

Réception § 03

Houris reçoit le prix Goncourt le 4 novembre 2024, au premier tour de scrutin. En Algérie, où la loi de 2005 encadre la parole publique sur la guerre civile, le livre est interdit et Gallimard est écarté du Salon du livre d'Alger. Une controverse s'ajoute : une télévision algérienne affirme que l'héroïne emprunte à l'histoire d'une femme réelle, Saâda Arbane, ce qui entraîne deux plaintes en Algérie ; Gallimard et Daoud dénoncent une campagne diffamatoire.

Pourquoi il compte encore § 04

Houris porte sur la scène littéraire un sujet que l'Algérie officielle écarte : la guerre civile des années 1990 et ses victimes, en particulier les femmes. Le Goncourt lui a donné un public très large, et la polémique qui l'accompagne montre que la question reste ouverte. Le livre est difficile par sa matière ; il se lit comme un acte de mémoire et comme une réflexion sur le droit des romanciers à s'emparer d'histoires réelles.