Le roman repose sur la voix d'Aube, qui s'adresse à l'enfant qu'elle porte. Rescapée de la décennie noire, seule survivante de sa famille, elle garde à la gorge une cicatrice qui la prive de parole, et le récit cherche à lui rendre cette voix. Daoud suit son errance dans Oran, ses souvenirs, ses rencontres, et revient sur les violences de la guerre civile. Le titre, « houris », désigne les vierges promises aux croyants dans le paradis de la tradition islamique : il oppose à cette promesse la réalité des corps de femmes. Le roman mêle récit de mémoire, adresse à un enfant et méditation sur la religion, la violence et la parole.
Houris reçoit le prix Goncourt le 4 novembre 2024, au premier tour de scrutin. En Algérie, où la loi de 2005 encadre la parole publique sur la guerre civile, le livre est interdit et Gallimard est écarté du Salon du livre d'Alger. Une controverse s'ajoute : une télévision algérienne affirme que l'héroïne emprunte à l'histoire d'une femme réelle, Saâda Arbane, ce qui entraîne deux plaintes en Algérie ; Gallimard et Daoud dénoncent une campagne diffamatoire.
Houris porte sur la scène littéraire un sujet que l'Algérie officielle écarte : la guerre civile des années 1990 et ses victimes, en particulier les femmes. Le Goncourt lui a donné un public très large, et la polémique qui l'accompagne montre que la question reste ouverte. Le livre est difficile par sa matière ; il se lit comme un acte de mémoire et comme une réflexion sur le droit des romanciers à s'emparer d'histoires réelles.