Le récit est enchâssé : un ingénieur, narrateur anonyme, passe l’hiver à Starkfield, ville fictive du Massachusetts, où il rencontre Ethan Frome, devenu un homme estropié et taciturne. À la suite d’une tempête, il passe une nuit chez lui et découvre peu à peu son histoire, que le texte raconte ensuite à la troisième personne. Cette longue analepse remonte aux sept années de mariage d’Ethan avec Zeena et à l’arrivée de Mattie, puis au conflit autour du départ prévu de celle-ci. Le livre est très bref, compact, sans digression. Le froid, la neige et le silence en sont autant de personnages que les trois protagonistes ; le cadre du narrateur, au début et à la fin, referme l’histoire sur elle-même.
Le roman reçoit un accueil favorable : le New York Times parle d’une « histoire irrésistible et envoûtante ». Plus tard, certains critiques lui reprochent son pessimisme ; Lionel Trilling lui reproche un manque de portée morale. Le livre est adapté au cinéma en 1993 par John Madden, avec Liam Neeson, Patricia Arquette et Joan Allen. En France, il paraît dès 1912 sous le titre « Sous la neige ». Sa brièveté, son décor précis et la netteté de son dispositif narratif en font un texte souvent étudié.
Ethan Frome montre un autre visage de Wharton : loin des salons new-yorkais, elle y décrit la pauvreté rurale, le poids des devoirs et l’impossibilité d’échapper à sa condition. L’économie de moyens, la construction en cadre et la sobriété du style en font un modèle de nouvelle longue. C’est aussi un bon point d’entrée pour qui découvre l’auteure : on le lit en une soirée, et il laisse une impression durable, parce que la fatalité y naît de gestes très simples.