Le roman se déroule dans une vallée jurassienne, dans les années 1950, autour d'une usine textile. Deux figures s'y répondent : Pierrette Amable, déléguée syndicale, et l'Italien surnommé Beau Masque, immigré qui travaille dans la région. À leur histoire d'amour s'ajoute la présence de Philippe Letourneur, de la famille qui possède l'usine, que Pierrette rencontre elle aussi. Quand un groupe international modernise la filature, les licenciements annoncés poussent les syndicats à voter la grève. Vailland alterne récit intime et chronique collective, et construit l'intrigue comme une montée de tension, du quotidien d'atelier à l'affrontement.
Les lecteurs actuels y voient en général un roman engagé qui traite des luttes ouvrières avec humanité, par des personnages complexes, plutôt qu'un simple tract ; certains jugent sa conclusion plus faible. L'adaptation de Bernard Paul, en 1972, est une coproduction franco-italienne : les usines textiles françaises ayant refusé l'accès à l'équipe, le tournage a eu lieu dans des régions ouvrières de forte immigration italienne. Françoise Arnoul, costumière du film, lui reprochait une fidélité excessive au roman.
Beau Masque garde l'intérêt d'un roman social écrit de l'intérieur du monde ouvrier de l'après-guerre : l'usine, le syndicat, l'immigration italienne y sont des réalités concrètes et non des symboles. Il éclaire aussi le parcours de Vailland, au moment de son adhésion communiste, et permet de comparer ce roman à La Loi, où il applique à un autre cadre le même souci d'observer les rapports de pouvoir.