La pièce met en scène Albertine à cinq âges de sa vie (trente, quarante, cinquante, soixante et soixante-dix ans), interprétés par cinq actrices, auxquelles s'ajoute Madeleine, la sœur d'Albertine. Il n'y a pas de véritable intrigue : à soixante-dix ans, Albertine entre dans une maison de retraite et rencontre ses anciens moi, des périodes d'espoir, d'ivresse, de colère et de découragement. Le texte avance par dialogues entre ces voix, avec des passages de monologue et de véritable affrontement. Le temps n'est pas linéaire : les âges se répondent, se rejoignent et se contredisent, et la pièce fait de la mémoire un espace théâtral.
La pièce est créée en 1984 dans une production de grande ampleur, avec six actrices. Le critique Robert Lévesque la qualifie de chef-d'œuvre de Tremblay, y voyant un mélange de tragédie grecque et de dissolution beckettienne autour d'un seul personnage. Elle est reprise à Paris en 1988 et adaptée à la télévision en 2000. Elle est depuis devenue l'un des grands rôles du répertoire québécois pour les actrices : la distribution de 1984 réunissait Huguette Oligny, Gisèle Schmidt, Amulette Garneau, Rita Lafontaine, Muriel Dutil et Paule Marier, ce qui a contribué à la réputation du spectacle.
Albertine, en cinq temps montre ce que peut faire le théâtre avec le temps : la même femme, à cinq âges, parle avec elle-même. Le procédé est simple et la pièce reste d'une grande densité émotionnelle. Elle prolonge, par la vie d'une femme ordinaire, l'univers des Belles-Sœurs et fait comprendre pourquoi Tremblay est considéré comme l'un des grands dramaturges de langue française. Pour une actrice, c'est un défi ; pour un spectateur, c'est une leçon sur ce que le théâtre sait faire de mieux : faire coexister plusieurs temps sur un même plateau.