Le roman se déroule en 2084 dans l'Abistan, empire théocratique bâti sur l'amnésie collective, la surveillance permanente et une langue unique, l'abilang, qui borne la pensée. Le héros, Ati, remet en question les certitudes imposées et voyage avec Koa à travers l'empire. Abi, prophète du dieu Yölah, domine l'ensemble, tandis que l'archéologue Nas découvre des vestiges qui menacent l'histoire officielle. Le récit suit l'itinéraire d'Ati vers ces failles, et la construction rappelle les dystopies classiques : un monde clos, un individu qui doute, un pouvoir qui répond par la contrainte. Sansal cite Orwell et s'en écarte en situant la domination dans la religion.
Le roman reçoit conjointement en 2015 le Grand Prix du roman de l'Académie française et est élu meilleur livre de l'année par le magazine Lire. Les critiques le saluent : Télérama parle d'une « fable puissante » et d'un avertissement contre l'islamisme, tandis que L'Obs regrette un certain didactisme abstrait.
2084 s'inscrit dans la lignée des grandes dystopies, de Zamiatine et Orwell à Huxley, et lui apporte un déplacement : le totalitarisme y est religieux, et non idéologique ou étatique au sens strict. Cette fable parle de la manière dont une société oublie, dont une langue peut contraindre la pensée et dont l'obéissance peut devenir un mode de vie. Le roman a aussi pesé dans le débat public français, ce qui a contribué à faire de Sansal un auteur lu bien au-delà du cercle littéraire.