Pourquoi le lire — Né à al-Birwa, village de Galilée occidentale, Darwich fuit à sept ans avec sa famille vers le Liban lors du conflit de 1948, le village étant détruit, avant que sa famille ne rentre clandestinement l'année suivante pour découvrir le lieu disparu de la carte. Poète le plus internationalement reconnu du monde palestinien, il traverse des décennies d'exil au Caire, à Beyrouth, à Tunis et à Paris, sa mort en 2008 entraînant trois jours de deuil national et des funérailles d'État suivies par des dizaines de milliers de personnes.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né le 13 mars 1941 à al-Birwa, village de Galilée occidentale, alors sous mandat britannique de Palestine, fuyant à sept ans avec sa famille vers le Liban lors du conflit de 1948 qui accompagne la création de l'État d'Israël, le village étant détruit, sa famille rentrant clandestinement l'année suivante pour découvrir le lieu disparu, classée dès lors « présente absente », statut juridique désignant des personnes physiquement présentes mais légalement absentes.
- La jeunesse et les arrestations Grandit comme citoyen israélien d'origine palestinienne, confronté dès l'enfance à un statut de citoyen de seconde zone, arrêté à plusieurs reprises entre 1961 et 1967 pour avoir récité de la poésie et voyagé entre des villages sans autorisation.
- 1964 — Carte d'identité Publie Leaves of the Olive Tree, son premier recueil de poésie, comprenant le poème « Carte d'identité », devenu un chant de résistance largement repris à travers le monde arabe, dont la lecture publique lui vaut une assignation à résidence.
- L'exil Quitte Israël au début des années 1970, entamant des décennies d'exil au Caire, à Beyrouth, à Tunis, à Paris puis finalement à Ramallah, travaillant à Beyrouth à partir de 1973 au Centre de recherches palestinien avant de fonder en 1981 la revue Al-Karmel, qu'il dirige jusqu'à sa mort.
- 1982 — le siège de Beyrouth Quitte la ville après l'invasion israélienne du Liban, vivant ensuite entre Tunis et Paris, où il dit avoir connu sa « véritable naissance poétique », composant à Paris plusieurs recueils parmi ses plus grandes œuvres.
- 1987 — Mémoire pour l'oubli Publie ce récit en prose poétique sous forme de journal, retraçant une journée durant le siège israélien de Beyrouth de 1982, la même année où il est élu membre du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine, dont il démissionnera plus tard en signe de protestation contre les accords d'Oslo de 1993.
- 1988 — la Déclaration d'indépendance Rédige la Déclaration d'indépendance palestinienne.
- 2002 — État de siège Publie ce volume d'un seul long poème explorant les réoccupations répétées de Ramallah et le sentiment d'isolement palestinien qui en résulte.
- 2004 — l'invitation aux écrivains internationaux Invite à Ramallah une délégation d'écrivains internationalement reconnus, dont les lauréats du prix Nobel José Saramago et Wole Soyinka, visite immortalisée dans le documentaire Writers on the Borders.
- Les distinctions et la mort Reçoit au cours de sa carrière le prix Lénine de la paix, le prix Lannan pour la liberté culturelle et est fait chevalier des Arts et des Lettres de France, son œuvre étant traduite en plus de quarante langues, avant de mourir en 2008, sa mort entraînant trois jours de deuil national et des funérailles d'État suivies par des dizaines de milliers de personnes.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Carte d'identité (1964) — Le meilleur point d'entrée : son poème le plus célèbre, chant de résistance repris dans tout le monde arabe.
État de siège (2002) — Son long poème sur l'isolement palestinien.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Auteur de plus de trente recueils de poésie et de plusieurs volumes de prose traduits en plus de vingt langues, Darwich évolue des hymnes de résistance de sa jeunesse vers un langage méditatif et universel, tissant ensemble l'amour personnel, l'exil, le mythe et l'histoire. Le critique et théoricien Edward W. Saïd le compare à William Butler Yeats, Pablo Neruda, Faiz Ahmed Faiz et Aimé Césaire, sa poésie puisant dans l'Ancien et le Nouveau Testament, la littérature arabe classique, l'histoire islamique arabe et les mythologies grecque et romaine pour construire ses métaphores. Convaincu que sa vie en exil nourrissait son œuvre créative, il personnifie fréquemment la Palestine sous les traits d'une mère ou d'une bien-aimée cruelle, donnant à l'histoire palestinienne une voix poétique que le monde entier a pu entendre, ses lectures publiques rassemblant des foules considérables, l'une d'elles à Beyrouth ayant attiré vingt-cinq mille personnes.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une poésie d'une sincérité émotionnelle rare et d'une originalité d'images constante, empruntant à des sources aussi diverses que les textes bibliques, la littérature arabe classique et les mythologies antiques pour élaborer des métaphores d'une puissance singulière. Cette écriture évolue avec constance, des hymnes de résistance directe de la jeunesse de l'auteur vers un langage de plus en plus méditatif et universel, la Palestine étant personnifiée tour à tour en mère nourricière ou en bien-aimée cruelle et inaccessible. Pour un premier contact, Carte d'identité offre l'entrée la plus immédiatement accessible de son œuvre, poème de résistance devenu un chant repris dans tout le monde arabe ; Mémoire pour l'oubli permet d'aborder pleinement sa prose la plus poétique, journal intime composé sous les bombes du siège de Beyrouth.