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FICHE N° 0340 — LITT. FRANÇAISE — THÉÂTRE — XXe S.

Jean Anouilh

1910 – 1987 · France · Langue française
Dramaturge — auteur d'Antigone, classificateur de son œuvre en pièces noires, roses, brillantes et grinçantes.
Pourquoi le lire — Né à Bordeaux, Jean Anouilh découvre le théâtre en travaillant comme secrétaire du metteur en scène Louis Jouvet, sous l'influence duquel il décide de se consacrer entièrement à l'écriture dramatique. Auteur prolifique et méthodique, il classe lui-même la majeure partie de son œuvre en pièces noires, roses, brillantes, grinçantes et costumées, un système de tonalités qui organise une production abondante dominée par la révolte contre l'hypocrisie du monde et la nostalgie d'une pureté perdue, dont Antigone, écrite en pleine Occupation, demeure le sommet incontesté.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Naît le 23 juin 1910 à Bordeaux, en Gironde, et commence à écrire pour le théâtre dès les années 1920, devenant secrétaire du metteur en scène Louis Jouvet, dont le mentorat, ainsi que l'influence du dramaturge Jean Giraudoux, le décide à se consacrer sérieusement au théâtre.
  • 1932 — la première vraie pièce Écrit cette année-là L'Hermine, qu'il considère comme sa première pièce véritable, et décide alors de vivre de sa plume, des débuts qui s'avèrent difficiles malgré cette détermination précoce.
  • 1937 — Le Voyageur sans bagage Connaît son premier grand succès avec cette pièce créée au Théâtre des Mathurins par Sacha et Ludmilla Pitoëff, avec une musique de scène signée Darius Milhaud, un triomphe qui installe durablement sa réputation.
  • 1938 — Le Bal des voleurs Obtient un nouveau succès critique et public avec cette comédie-ballet qui met en scène trois voleurs à la tire et deux banquiers véreux, inaugurant une collaboration de plus de quinze ans avec le metteur en scène André Barsacq.
  • 1942 — la classification de l'œuvre Commence à partir de cette date à organiser sa production dramatique en catégories tonales, pièces noires, roses, brillantes, grinçantes, costumées, baroques, secrètes et farceuses, un système qui structure durablement la réception de son théâtre.
  • 1944 — Antigone Crée en février, au théâtre de l'Atelier dans un Paris encore occupé, sa pièce la plus célèbre, une relecture de la tragédie de Sophocle née d'un choc éprouvé en pleine guerre, le jour des petites affiches rouges annonçant des exécutions, une pièce que la salle, pleine tous les soirs malgré le froid et les coupures de courant, accueille avec ferveur, y compris parmi les officiers allemands présents.
  • L'après-guerre — pièces roses et pièces noires Alterne dans les années suivantes comédies fantaisistes et tragédies plus sombres, poursuivant la modernisation des grands mythes grecs à la manière de Giraudoux, avec Médée en 1951 et Eurydice en 1953.
  • 1953-1959 — les pièces costumées Compose L'Alouette en 1953, réinvention de la légende de Jeanne d'Arc, puis Becket ou l'Honneur de Dieu en 1959, deux pièces historiques où l'Histoire sert de prétexte à une création dramatique originale plutôt qu'à une simple reconstitution.
  • Les dernières décennies Voit son œuvre s'assombrir progressivement, les pièces grinçantes de l'après-guerre laissant place à une verve plus amère et plus désabusée, tandis que le grand thème de la pureté qui animait ses premières œuvres cède la place à une critique sociale plus resignée.
  • 1987 — la mort Meurt le 3 octobre à Lausanne, en Suisse, laissant une œuvre dramatique commencée en 1932, particulièrement abondante et variée, qui traite presque toujours des mêmes thèmes, la révolte contre le privilège de la naissance, le refus de l'hypocrisie et la nostalgie du paradis perdu de l'enfance.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Antigone (1944) — Le meilleur point d'entrée : sa pièce la plus célèbre, relecture du mythe grec écrite sous l'Occupation.
Le Bal des voleurs (1938) — Sa comédie-ballet la plus fantaisiste, exemple achevé de ses « pièces roses ».
Becket ou l'Honneur de Dieu (1959) — Sa grande pièce costumée, sur l'amitié brisée entre Henri II et Thomas Becket.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Anouilh organise méthodiquement sa propre œuvre en catégories tonales, pièces noires, roses, brillantes et grinçantes, un système qui met en valeur la variété remarquable de sa production tout en marquant une évolution profonde, des comédies cocasses et tendres de ses débuts vers une critique sociale plus amère et désabusée. Bien que d'apparence classique, son théâtre compte parmi les œuvres les plus modernes du XXe siècle, notamment par sa manière de moderniser les grands mythes de la tragédie grecque à la façon de Giraudoux, dont l'exemple d'Antigone reste le plus retentissant. Se sentant plus proche de Molière que de Racine dans sa dénonciation féroce de la laideur de la vie et de la fatalité de la médiocrité, il assigne à son théâtre une fonction éducative, celle d'élever les esprits, tout en masquant les blessures intimes de ses personnages sous les rires d'une fantaisie de surface.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Un théâtre bâti à vue d'œil, selon sa propre formule, qui doit une dette avouée à Pirandello autant qu'à Giraudoux, capable de passer avec aisance de la fantaisie la plus légère au tragique le plus sombre, de la trivialité à l'élégance. Antigone, sa pièce la plus engagée, porte un message de résistance sous couvert de tragédie antique, tandis que Le Bal des voleurs, comédie-ballet où les rôles s'échangent pour le plaisir du spectateur, illustre à l'inverse la veine la plus légère de son théâtre. Pour un premier contact, Antigone offre l'entrée la plus incontournable et la plus universellement étudiée ; Le Bal des voleurs permet de découvrir la fantaisie savoureuse de ses pièces roses.