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FICHE N° 0181 — LITT. TCHÈQUE — XXe S.

Jaroslav Seifert

1901 – 1986 · Tchécoslovaquie · Langue tchèque
Poète et journaliste — prix Nobel 1984, premier et unique lauréat tchécoslovaque du XXe siècle, incarnation même du poète national tchèque.
Pourquoi le lire — Né dans le quartier ouvrier de Žižkov, à Prague, membre du groupe d'avant-garde Devětsil embrassant futurisme et surréalisme, Seifert traverse un siècle de bouleversements tchèques, de l'espoir communiste de sa jeunesse à la dissidence assumée contre l'occupation soviétique, signant en 1977 la Charte 77 pour les droits humains. En 1984, il devient le premier et unique lauréat tchécoslovaque du XXe siècle à recevoir le prix Nobel de littérature, pour une poésie qui, dotée de fraîcheur, de sensualité et d'une riche inventivité, offre une image libératrice de l'esprit indomptable et de la polyvalence de l'homme.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né le 23 septembre 1901 à Žižkov, quartier ouvrier de Prague, alors en Autriche-Hongrie, fils d'un père socialiste radical et d'une mère catholique conservatrice ; n'achève pas d'études universitaires formelles.
  • Le groupe Devětsil Devient membre du groupe d'avant-garde Devětsil, embrassant les mouvements futuriste et surréaliste alors en plein essor dans la Tchécoslovaquie naissante.
  • 1920 — Ville en larmes Publie son premier recueil de poèmes, reflétant ses espoirs de jeunesse pour l'avenir du communisme en Union soviétique.
  • 1929 — l'expulsion du Parti communiste Signe, avec six autres importants écrivains communistes, un manifeste protestant contre les tendances bolcheviques de la nouvelle direction du Parti communiste tchécoslovaque, entraînant son expulsion du parti avec les autres signataires.
  • Sur les ondes de la T.S.F. Publie ce recueil, où ses thèmes poétiques évoluent, devenant progressivement moins enchanté par le système communiste soviétique.
  • Dès 1930 — le journalisme Occupe divers postes éditoriaux au sein de la presse social-démocrate, devient rédacteur en chef du quotidien Národní práce durant l'occupation allemande, puis dirige après 1945 le quotidien syndical Práce et édite la revue littéraire Kytice.
  • 1949 — l'écriture exclusive Est contraint de quitter le journalisme, se consacrant désormais exclusivement à la littérature ; sa poésie reçoit à trois reprises, en 1936, 1955 et 1968, des prix d'État.
  • 1956 — la censure Voit sa critique des communistes rendre difficile la publication de ses nouveaux textes.
  • 1967-1970 — les distinctions et responsabilités Est désigné Artiste national en 1967, élu président de l'Union des écrivains tchécoslovaques en 1968, puis préside l'Union des écrivains tchèques de 1969 à 1970.
  • Les années 1970 — l'interdiction Voit ses œuvres bannies durant dix ans après sa dénonciation de l'invasion soviétique de son pays en 1968.
  • 1977 — la Charte 77 Signe cette pétition pour les droits humains, aux côtés d'autres intellectuels dissidents tchécoslovaques.
  • 1984 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature « pour sa poésie qui, dotée de fraîcheur, de sensualité et d'une riche inventivité, offre une image libératrice de l'esprit indomptable et de la polyvalence de l'homme », devenant le premier et unique lauréat tchécoslovaque du XXe siècle ; reçoit la nouvelle dans un hôpital de Prague, où il est soigné pour une affection cardiaque et un diabète, sa fille Jana Seifertová acceptant le prix en son nom lors de la cérémonie de Stockholm.
  • 1986 Meurt le 10 janvier à Prague, en Tchécoslovaquie, à quatre-vingt-quatre ans, un peu plus d'un an après sa consécration.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Toutes les beautés du monde — Le meilleur point d'entrée : ses mémoires, traversée intime d'un siècle d'histoire tchèque.
Ville en larmes (1920) — Son premier recueil, qui reflète les espoirs communistes de sa jeunesse.
Sur les ondes de la T.S.F. — Le recueil qui marque son évolution vers un désenchantement progressif.
La Colonne de la peste — L'une de ses grandes œuvres de la maturité, écrite en pleine période d'interdiction.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Premier et unique lauréat tchécoslovaque du prix Nobel de littérature au XXe siècle, Seifert devient, selon les mots mêmes du secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise lors de la cérémonie de 1984, l'incarnation même du poète tchécoslovaque pour beaucoup de ses lecteurs. Élevé dans un quartier ouvrier de Prague par un père socialiste radical et une mère catholique conservatrice, il traverse en poète toutes les métamorphoses politiques de son pays natal, de l'enthousiasme communiste de sa jeunesse à la dissidence assumée, signant la Charte 77 et subissant une interdiction de dix ans après sa dénonciation de l'invasion soviétique de 1968. Sa poésie, célébrée pour son accessibilité et sa profondeur humaniste, célèbre l'amour et la beauté de la vie tout en portant témoignage des épreuves traversées durant la Seconde Guerre mondiale et le régime communiste, mêlant une musicalité rythmique proche de la chanson populaire à une lyrique profondément réflexive centrée sur les valeurs familiales traditionnelles, la maternité et les chaleurs domestiques.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une poésie dotée de « fraîcheur, de sensualité et d'une riche inventivité », selon les termes mêmes du jury du Nobel, qui offre une image libératrice de l'esprit indomptable et de la polyvalence de l'homme face à l'adversité historique. Cette écriture, d'une musicalité rythmique proche des chansons populaires et caractérisée par une lyrique profondément réflexive, demeure difficile à restituer dans une autre langue avec la même élégance exquise, selon les critiques, tant sa sonorité tchèque reste inséparable de son sens. Pour un premier contact, Toutes les beautés du monde offre l'entrée la plus accessible et la plus universelle, traversant en mémoires tout un siècle d'histoire tchèque ; Ville en larmes permet d'aborder pleinement ses débuts poétiques, marqués par les espoirs de sa jeunesse.