Pourquoi le lire — Hervé Bazin, né à Angers en 1911, est le romancier de la famille comme champ de bataille. Vipère au poing (1948), récit d'une enfance sous la coupe d'une mère tyrannique, Folcoche, l'impose d'emblée, et reste l'un des romans français les plus lus à l'école. Il en tire une trilogie, la famille Rezeau, puis une œuvre abondante où il revient sans cesse sur les rapports entre parents et enfants, l'autorité, la révolte. Membre puis président de l'Académie Goncourt, il est aussi connu pour ses engagements publics et pour sa verve de polémiste.
Biographie § 01 — le parcours
- 17 avril 1911 Naît à Angers, dans une famille de la bourgeoisie angevine : son père, Jacques Hervé-Bazin, est docteur en droit et avocat, sa mère s'appelle Paule Guilloteaux ; il est le petit-neveu du romancier René Bazin.
- Enfance Grandit à Marans, dans la propriété familiale du Patys, et s'oppose à une mère autoritaire et sèche, qu'il transposera en Folcoche. Il est exclu de plusieurs établissements scolaires.
- Après les études Fait des études de lettres à la Sorbonne et s'essaie à la poésie avant le roman.
- 1948 — Vipère au poing Publie chez Grasset le roman qui le fait connaître du grand public.
- 1949 — La Tête contre les murs Publie un roman sur l'internement psychiatrique ; Georges Franju l'adapte au cinéma en 1959.
- 1949 Adhère au Mouvement de la paix.
- 1950 — La Mort du petit cheval Poursuit le cycle de la famille Rezeau, que clôt Le Cri de la chouette en 1972.
- Années 1950–1970 Poursuit une œuvre abondante de romans, de poèmes et d'essais, et se marie quatre fois ; il aura plusieurs enfants.
- Académie Goncourt Siège à l'Académie Goncourt, qu'il préside à partir de 1973 et dont il soutient le développement du prix Goncourt des lycéens.
- 17 février 1996 Meurt à Angers, âgé de quatre-vingt-quatre ans.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Vipère au poing (1948) — L'enfance de Jean Rezeau, tyrannisé par sa mère, surnommée Folcoche.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Bazin a donné au roman français de l'après-guerre un grand récit de la haine familiale, tenu à distance par l'humour. Avec Folcoche, il a créé un personnage de marâtre, la mère tyrannique, devenu un type littéraire, et un ton qui mêle la révolte de l'enfant et la lucidité de l'adulte. Son œuvre explore ensuite d'autres crises de la famille, la vie conjugale, l'autorité, la transmission, avec un sens de la formule et un goût de la provocation. Sa place à la tête de l'Académie Goncourt et son action pour le prix des lycéens ont aussi contribué à la lecture scolaire de la littérature contemporaine. Vipère au poing reste le livre où il a trouvé sa forme.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une écriture nerveuse, ironique, riche en formules et en images précises, qui garde la verve des conteurs et un goût marqué pour la satire. La phrase est claire, tendue, parfois cruelle, avec des trouvailles de vocabulaire et un art du portrait. Le récit à la première personne domine, et l'humour n'y sert pas à excuser, mais à tenir à distance. Les romans ultérieurs se prêtent à une lecture plus inégale, mais gardent cette énergie. Par où commencer : Vipère au poing, qui contient déjà tout ; puis La Mort du petit cheval pour la suite directe, et La Tête contre les murs si l'on veut voir Bazin sortir du cadre familial pour s'en prendre à l'institution.