Pourquoi le lire — Fils de pasteur ayant entamé des études d'ingénieur avant de s'y consacrer entièrement à l'écriture, Pontoppidan brosse à travers trois vastes cycles romanesques ce qu'il appelle lui-même « une image cohérente du Danemark contemporain ». En 1917, il partage avec son compatriote Karl Gjellerup le prix Nobel de littérature, pour ses « descriptions authentiques de la vie danoise de son temps ».
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né le 24 juillet 1857 à Frédéricia, dans le Jutland, fils d'un pasteur luthérien issu d'une longue lignée familiale de ministres du culte, adepte du théologien spiritualiste N.F.S. Grundtvig.
- Le premier détour Entame en 1873 des études d'ingénieur à Copenhague, geste de rébellion partielle contre le milieu conservateur et religieux dans lequel il a grandi.
- 1879 — le renoncement Abandonne ses études d'ingénieur pour devenir enseignant durant plusieurs années.
- 1881 — les débuts littéraires Publie son premier recueil de récits, Ailes rognées, et se consacre dès lors entièrement à l'écriture, subsistant durant deux décennies comme journaliste pour divers journaux de Copenhague.
- L'influence de Brandes Adopte, sous l'influence du critique Georg Brandes, les techniques du réalisme, peignant avec une précision remarquable les différents groupes sociaux du Danemark de son temps.
- 1891-1895 — La Terre promise Publie le premier de ses trois grands cycles romanesques, consacré aux injustices de la vie paysanne et à ses espoirs de réforme portés par le libéralisme politique.
- 1898-1904 — Lykke-Per Publie en huit volumes son œuvre la plus ambitieuse, considérée comme son chef-d'œuvre, récit partiellement autobiographique d'un homme doué et confiant qui rompt avec sa famille religieuse pour devenir ingénieur, avant que son passé ne finisse par le rattraper.
- 1912-1916 — Le Royaume des morts Publie son dernier grand cycle romanesque en cinq volumes, considéré par de nombreux spécialistes comme les plus grands romans jamais écrits en langue danoise, œuvre au pessimisme croissant qui exprime sa désillusion face au progrès social espéré.
- 1917 — le Nobel Reçoit, à parts égales avec son compatriote Karl Gjellerup, le prix Nobel de littérature « pour ses descriptions authentiques de la vie danoise contemporaine » ; en pleine Première Guerre mondiale, aucune cérémonie officielle n'a lieu et aucun discours n'est prononcé par les lauréats.
- Les dernières années Publie encore, dans l'entre-deux-guerres, des œuvres au regard critique aiguisé sur les échecs de la société danoise durant le premier conflit mondial.
- 1943 Meurt le 21 août à Charlottenlund, près de Copenhague, à quatre-vingt-six ans.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Lykke-Per (1898-1904) — Le meilleur point d'entrée : son chef-d'œuvre en huit volumes, considéré comme le plus grand roman de toute son œuvre.
La Terre promise (1891-1895) — Le premier de ses trois grands cycles romanesques, consacré aux injustices de la vie paysanne danoise.
Le Royaume des morts (1912-1916) — Son dernier grand cycle, considéré par beaucoup comme les plus grands romans jamais écrits en danois.
Ailes rognées (1881) — Son tout premier recueil de récits, qui marque ses débuts littéraires.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Considéré comme le plus grand prosateur de l'histoire de la littérature danoise, Pontoppidan consacre l'essentiel de son œuvre à brosser ce qu'il nomme lui-même « une image cohérente du Danemark contemporain », à travers trois vastes cycles romanesques qui composent, selon ses propres mots, un tableau saisissant des luttes sociales, religieuses et politiques de son pays entre 1890 et 1920. Sous l'influence directe des idées du critique Georg Brandes, il adopte les techniques du réalisme pour dépeindre avec une précision inégalée les tensions entre conservatisme rural et libéralisme naissant, entre industrialisation galopante et mouvements révolutionnaires en gestation, dans une œuvre d'une ampleur exceptionnelle de cinquante titres composés sur plus de soixante années de carrière. Son évolution vers un pessimisme croissant, particulièrement sensible dans son dernier grand cycle Le Royaume des morts, traduit sa désillusion progressive face aux espoirs de progrès social qu'il avait lui-même nourris dans sa jeunesse.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose d'une fluidité et d'une apparente facilité remarquables, mise au service d'une observation sociale d'une précision rare, saluée par le jury du Nobel comme des « descriptions authentiques » de la vie danoise de son temps. Cette rigueur réaliste, héritée de l'influence de Georg Brandes, se déploie à travers un regard qui se distancie aussi bien du conservatisme religieux de son éducation que des mouvements socialistes de ses contemporains, offrant une position d'observateur singulièrement indépendant sur les grandes mutations de la société danoise. Pour un premier contact, Lykke-Per offre l'entrée la plus caractéristique de son ambition romanesque et de sa dimension partiellement autobiographique ; La Terre promise permet d'aborder plus directement sa peinture des injustices rurales de ses débuts.