Pourquoi le lire — D. H. Lawrence (1885–1930), fils de mineur devenu l'un des romanciers majeurs de la littérature anglaise, a écrit sur ce que ses contemporains préféraient taire : le désir, le corps, la tension entre les êtres et la violence de l'industrialisation sur les vies. Poursuivi pour obscénité, déplacé de pays en pays, il laisse des romans (Fils et amants, Femmes amoureuses, L'Amant de Lady Chatterley), des nouvelles, des poèmes et des récits de voyage. On le lit pour l'intensité de son regard et pour la liberté d'un style qui cherche à saisir l'élan du vivant.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît le 11 septembre 1885 à Eastwood, petite ville minière du Nottinghamshire, fils d'Arthur John Lawrence, mineur, et de Lydia Beardsall.
- Formation Fréquente la Nottingham High School de 1898 à 1901, enseigne à Eastwood de 1902 à 1906, puis obtient en 1908 son diplôme d'enseignant à l'université de Nottingham.
- 1908–1911 — débuts Enseigne à Croydon ; ses écrits attirent l'attention de Ford Madox Ford et d'Edward Garnett. Il se consacre entièrement à la littérature après une pneumonie en 1911.
- 1912–1914 — Frieda Rencontre Frieda von Richthofen en 1912 et l'épouse en 1914, après un séjour en Allemagne et en Italie.
- 1913 — Fils et amants Publie son roman le plus nettement autobiographique, écrit en partie pendant la maladie de sa mère, morte en décembre 1910.
- 1915–1917 — la censure Son roman The Rainbow est saisi et poursuivi pour obscénité en novembre 1915. Installé en Cornouailles en 1916–1917, il y achève Femmes amoureuses ; accusé d'espionnage, il est expulsé de la région en 1917, en vertu de la loi sur la défense du royaume.
- 1919–1925 — l'errance Quitte l'Angleterre en 1919 : séjours en Italie, à Ceylan, en Australie, puis aux États-Unis (1922) et au Nouveau-Mexique, où il s'installe à Taos et acquiert en 1924 le ranch de Kiowa.
- 1928 — Lady Chatterley Publie à Florence, à compte d'auteur, la troisième version de L'Amant de Lady Chatterley, rédigée entre 1926 et 1928 ; l'édition est limitée à 1 000 exemplaires signés.
- 1929 — peintures et poèmes La police saisit treize de ses vingt-cinq tableaux, exposés à la Warren Gallery de Londres ; il publie le recueil de poèmes Pansies.
- 1930 — mort Atteint de tuberculose depuis 1925, il meurt le 2 mars 1930 à Vence, dans le sud de la France, à 44 ans.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Fils et amants (1913) — Paul Morel, fils d'un mineur, grandit entre sa mère, qui investit en lui toutes ses espérances, et deux femmes, Miriam et Clara. Roman d'inspiration largement autobiographique, publié en 1913.
Femmes amoureuses (1920) — Suite de The Rainbow : deux sœurs, Ursula et Gudrun Brangwen, vivent des amours opposées avec Rupert Birkin et Gerald Crich. Roman d'idées et de passions, achevé en Cornouailles, publié en 1920.
L'Amant de Lady Chatterley (1928) — Constance Chatterley, épouse d'un aristocrate paralysé, a une liaison avec le garde-chasse Mellors. Le roman, publié à Florence en 1928, a connu l'interdiction et un procès célèbre en 1960.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Lawrence a fait entrer dans le roman anglais ce que le roman victorien taisait : la sexualité, la vie du corps, le désir comme force qui structure les êtres. Il y ajoute une attention constante à l'effet de l'industrialisation sur les individus, les villes et les paysages, et une méfiance envers les abstractions de l'intellect.
Il a été attaqué de son vivant et sa réputation a été disputée, mais E. M. Forster l'a qualifié de plus grand romancier d'imagination de sa génération, et F. R. Leavis a fait de lui l'un des piliers de la tradition anglaise. Le procès de 1960 contre Penguin Books, qui s'est conclu par l'acquittement de L'Amant de Lady Chatterley, a marqué l'histoire de la liberté d'expression en Grande-Bretagne.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose chargée d'énergie, souvent répétitive à dessein, qui fonctionne par vagues plutôt que par architecture. Lawrence privilégie les sensations, les paysages, les gestes ; il sait aussi rendre le dialecte des mineurs de son enfance. Ses romans oscillent entre réalisme minutieux et envolées presque prophétiques, et ses personnages parlent beaucoup d'eux-mêmes.
Par où commencer : Fils et amants, le plus accessible, enraciné dans le monde ouvrier des Midlands ; L'Amant de Lady Chatterley, souvent lu pour sa réputation, est plus direct. Femmes amoureuses, plus ample et plus abstrait, vient mieux dans un second temps.