Pourquoi le lire — Daniel Defoe est l'un des fondateurs du roman anglais. Commerçant en faillite, pamphlétaire condamné au pilori, journaliste, agent secret, il ne publie son premier roman qu'à près de soixante ans : Robinson Crusoé (1719). Il enchaîne alors Moll Flanders et le Journal de l'année de la peste (1722), récits fictifs présentés comme des témoignages. Sa force tient à ce procédé : des narrateurs ordinaires, des chiffres, des lieux, des détails matériels qui donnent l'illusion du vécu. Il laisse une œuvre immense, surtout journalistique, dont quelques livres sont devenus classiques.
Biographie § 01 — le parcours
- Vers 1660 Naît à Londres sous le nom de Daniel Foe ; il y ajoutera plus tard la particule « De ». Sa famille appartient aux dissidents protestants.
- Années 1680 Se lance dans le commerce et les affaires. Plusieurs faillites suivent, notamment en 1692, avec de lourdes dettes.
- 1702–1703 Publie le pamphlet ironique Le plus court chemin pour en finir avec les dissidents. Il est condamné au pilori et emprisonné à Newgate.
- 1704–1713 Publie la Review, revue qui paraît plusieurs fois par semaine et lui assure une grande notoriété de journaliste.
- 1706–1707 Est envoyé en Écosse par Robert Harley pour soutenir le projet d'union entre l'Angleterre et l'Écosse.
- 1719 — Robinson Crusoé Publie son premier roman, qui connaît un succès considérable.
- 1720 Publie Captain Singleton.
- 1722 — Moll Flanders, Journal de l'année de la peste Fait paraître deux de ses romans majeurs la même année.
- 1724 Publie Roxana.
- 24 avril 1731 Meurt à Londres, vers soixante-dix ans, probablement alors qu'il se cache de ses créanciers.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Robinson Crusoé (1719) — Un naufragé vit vingt-huit ans sur une île déserte, où il reconstruit une civilisation.
Moll Flanders (1722) — Une femme, née en prison, raconte sa vie de voleuse, de bigame et de repentie.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Defoe a donné au roman anglais l'un de ses principaux ressorts : la fiction qui se fait passer pour un document. Ses narrateurs parlent à la première personne, comptent, énumèrent, justifient leurs actes, et leur voix ordinaire donne un poids de réalité aux situations extrêmes. Il en tire des types durables : le naufragé qui reconstruit seul un monde, l'aventurière qui fait de sa survie une entreprise, le témoin d'une catastrophe collective. Robinson Crusoé a engendré un genre entier, la robinsonnade, et nourri des réécritures aussi diverses que celles de Michel Tournier et de J. M. Coetzee. L'œuvre de Defoe est aussi un document sur l'argent, le commerce, la morale marchande de l'Angleterre du début du XVIIIe siècle.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose simple, précise, accumulative, qui ressemble au langage du marchand ou du reporter : listes, comptes, détails pratiques, scrupules moraux. Il n'élague guère : Defoe écrit vite, se répète, enchaîne les digressions, mais soutient l'attention par la vraisemblance, et par l'énergie de ses narrateurs. Les récits ne sont pas construits comme des romans ultérieurs : ils suivent le fil d'une mémoire, d'un compte ou d'un journal, ce qui leur donne leur singularité. Par où commencer : Robinson Crusoé, dont la première moitié reste l'un des grands récits d'aventure ; Moll Flanders si l'on veut un portrait de femme et de société ; Journal de l'année de la peste pour la fresque d'une ville frappée par l'épidémie.