Pourquoi le lire — Ramuz est le romancier de la Suisse romande, mais d'une Suisse sans cartes postales : des paysans et des bergers du pays de Vaud et du Valais, face à la peur, à la mort, à la nature. Il a longtemps vécu à Paris avant de revenir dans son pays, et c'est de là qu'il a tiré une langue qui garde la cadence de la parole vaudoise. On le lit pour cette langue, pour ses récits de montagne et pour sa conviction que l'on atteint l'universel par le particulier. Gide, Claudel ou Céline ont compté parmi ses admirateurs.
Biographie § 01 — le parcours
- 24 septembre 1878 Naît à Lausanne, fils d'Émile Ramuz, épicier, et de Louise Davel. Il fait ses études au Gymnase classique de Lausanne, puis à l'université, où il obtient une licence de lettres en 1900.
- Après 1900 Enseigne brièvement au collège d'Aubonne, puis séjourne à Paris pour préparer une thèse sur le poète Maurice de Guérin, qu'il abandonne.
- 1903–1905 Publie un recueil de poèmes, Le Petit Village (1903), puis son premier roman, Aline (1905).
- 1904–1914 Vit à Paris, où il fréquente des artistes et des écrivains, dont René Auberjonois et André Gide. Il y prend conscience de sa langue, le français de son pays vaudois.
- Juin 1914 Quitte Paris pour s'installer à Lausanne. Il publie la même année l'essai Raison d'être.
- 1918 Collabore avec Igor Stravinsky pour Histoire du soldat, œuvre qui associe texte et musique.
- 1924 Signe chez l'éditeur parisien Grasset.
- 1926–1937 Publie ses grands romans de montagne et de paysans : La Grande Peur dans la montagne (1926), La Beauté sur la terre (1927), Farinet ou la Fausse Monnaie (1932), Derborence (1934) et Si le soleil ne revenait pas (1937).
- 1930–1936 S'installe à Pully, dans la villa La Muette (1930). Reçoit le prix Romand (1930) et le grand prix Schiller (1936).
- 1943–1944 Est proposé pour le prix Nobel de littérature, sans l'obtenir.
- 23 mai 1947 Meurt à Lausanne.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
La Grande Peur dans la montagne (1926) — Des hommes d'un village valaisan montent à l'alpage de Sasseneire, abandonné depuis vingt ans à la suite d'un événement que l'on ne dit pas. Roman de 1926, où la peur se répand sans bruit.
Derborence (1934) — Antoine, berger valaisan, est pris dans un éboulement à l'alpage de Derborence puis rejoint le village après sept semaines. Roman de 1934, inspiré d'une catastrophe réelle.
Si le soleil ne revenait pas (1937) — Dans un village de montagne, le sage Antoine Anzévui annonce que le soleil va s'éteindre. Roman de 1937, où une menace imaginaire révèle ce que vaut une communauté.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Ramuz a donné à la littérature de langue française une voix suisse qui ne soit ni régionaliste ni folklorique. Il revendiquait d'atteindre l'universel par l'extrêmement particulier : en racontant des villages valaisans ou vaudois, il parle de la peur, du deuil, de l'amour et de la place de l'homme dans la nature. Il s'est éloigné du style académique pour inventer une écriture proche de la langue parlée, qui a marqué des contemporains comme Louis-Ferdinand Céline et Jean Giono. Sa collaboration avec Stravinsky pour Histoire du soldat a aussi fait de lui un acteur de la modernité artistique de son temps. Son œuvre, qui compte vingt-deux romans, a été traduite et adaptée au cinéma.
Style § 04 — à quoi s'attendre
La langue de Ramuz est son principal sujet. Il emploie des phrases simples, des répétitions, des tournures empruntées à la parole du pays de Vaud, et change volontiers de point de vue : le narrateur peut passer de la troisième personne à un nous collectif, comme si la communauté se racontait elle-même. La nature y est puissante, indifférente, souvent menaçante. Le lecteur doit accepter un rythme lent et un vocabulaire parfois déroutant, puis l'effet s'installe. Pour commencer, Derborence est la porte d'entrée la plus naturelle : une histoire forte, située dans le Valais ; La Grande Peur dans la montagne vient ensuite, pour son atmosphère de suggestion et de menace.